Jeudi 22 mars 2007 4 22 /03 /Mars /2007 11:49

Au théâtre des enfants terribles - 157, rue de Pelleport  dans le 20ème arrondissement à Paris - se joue actuellement une pièce de théâtre (Que peut un corps ?, jouée par la compagnie "Les Inspirines") qu'on peut, sans froisser auteurs et comédiens, qualifier d'avant-gardiste : une "Farce poétique et géométrique d'après Spinoza", pour reprendre le sous-titre de l'affiche.

Le metteur en scène a comme parti pris artistique d'utiliser exclusivement des textes réputés n'avoir pas de sens pour le spectateur, tout le travail des comédiens se fondant sur le décalage entre leur jeu et le texte. Cette fois, le choix s'est donc porté sur Spinoza, sur une adaptation de son Éthique plus précisément.

L'Ethique est un texte métaphysique, publié au milieu du XVIIème siècle, censé perdre le spectateur entre un texte abscon et une mise en scène sans rapport aucun avec le fond de l'écrit. Mais rien n'y fait : en dépit du talent des comédiens (tous amateurs, certains remarquables), de la mise en scène reprenant tous les standards du contemporain, la puissance de la pensée de Spinoza persiste et on se prend à délaisser la pièce pour s'intéresser au texte aride, pour suivre le cheminement de l'argument, presque dérangé par le décor et les voix, comme le lecteur passionné perçoit au loin les annonces et le brouhaha d'une gare.

Il est des auteurs - beaucoup d'auteurs... - dont a du mal à suivre le cheminement intellectuel, pourtant enfoui confortablement dans un fauteuil au calme ; il en est d'autres dont la pensée résiste aux siècles, au bruit, à la distorsion.

Par Robert H. - Publié dans : robert.holcman
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Mercredi 21 mars 2007 3 21 /03 /Mars /2007 17:16

La véritable originalité dans cette élection présidentielle réside dans la volonté partagée des candidats ayant quelque chance d'être élus de réformer en profondeur l'équilibre des institutions françaises en remettant en cause l'équilibre des pouvoirs entre l'exécutif sur le législatif - ou plus précisément le déséquilibre, puisque la prééminence accordée à l'éxécutif par la Constitution de la Vème République a conduit à une situation institutionnelle inusitée dans les démocraties : un président irresponsable politiquement (seul le gouvernement qu'il a nommé peut être renversé) aux pouvoirs pourtant sans équivalent.

Cette prééminence est, certes, excessive mais elle s'explique par l'histoire politique de la France, marquée par une instabilité chronique qui se reconnaît dont le nombre de textes constitutionnels (constitution, charte, acte additionnel, déclaration...) et de régimes essayés par notre pays : monarchie, république, empire... la France a appliqué tous les régimes politiques ou presque.

Oter au président de la République le droit de dissoudre l'Assemblée nationale ou, symétriquement, accorder à cette dernière le droit de le renverser, aboutirait inéluctablement à une profonde confusion institutionnelle. Il n'est que de voir le nombre élevé de candidats à chaque élection présidentielle, l'ouverture extraordinairement marquée du spectre politique en France pour saisir que les ressorts de la IVème république sont toujours à l'oeuvre.

Cela ne veut pas dire pour autant que que les rapports entre pouvoirs sont figés et qu'ils serait impossible de réformer le fonctionnement de nos institutions sans les mettre à bas. Rien, dès à présent, n'interdit au Parlement français, tout particulièrement l'Assemblée nationale, d'utiliser pleinement les pouvoirs qui lui sont dévolus : pouvoir budgétaire et pouvoir de contrôle. De même, une plus grande maîtrise de l'Assemblée sur son ordre du jour la renforcerait. Chaque pays a sa culture, son comportement propre, les régimes politiques en sont l'expression. Il est illusoire d'imaginer qu'un présidentialisme (législatif et exécutif autonomes, dépourvus de pouvoir de dissolution ou de renversement), pétri du sens de la négociation et du compromis anglo-saxon, pourrait prendre racine en France où les moeurs politiques sont caractérisés par l'excès et le bouillonnement.

Par Robert H. - Publié dans : robert.holcman
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Mardi 20 mars 2007 2 20 /03 /Mars /2007 10:27

Si la victoire de François Bayrou à l'élection présidentielle est dans l'ordre du possible, en raison du mode de scrutin uninominal à deux tours (qu'il critique pourtant par ailleurs), la vraisemblance d'une majorité parlementaire issue des élections législatives qui vont suivre l'élection présidentielle est, quant à elle, quasiment nulle.

Ce n'est pas là une question de compétence, de souhait, ou de cohérence, mais simplement un problème d'arithmétique. L'Assemblée nationale se compose actuellement de 577 députés : 365 membres ou apparentés UMP ; 141 membres ou apparentés PS ; 29 UDF ; le solde se composant de Communistes et Républicains (21) et de non inscrits (21).

La majorité se situant à 239 députés, si François Bayrou était élu il devrait dans la foulée débaucher 200 députés des autres groupes parlementaires (le député sortant ayant un avantage dans la compétition électorale) ou bien tenter de faire élire ces 200 députés contre les députés sortant. Ce n'est pas une possibilité mais une chimère...

Par Robert H. - Publié dans : robert.holcman
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Mardi 13 mars 2007 2 13 /03 /Mars /2007 19:29

Le syndicat CFDT, généralement mieux inspiré, vient de déplorer l'installation de caisses automatiques dans les hypermarchés Auchan. L'argument invoqué porte sur les pertes d'emploi que provoquerait la généralisation d'une telle mesure.

Pourtant, le progrès technique conduirait ici à la disparition d'un des métiers les pires qui soient : désintérêt, maladies articulaires, stress, agressivité des clients, importance du temps passé sur le lieu de travail... rien ou presque ne vient égayer ou embellir cette activité professionnelle. Les caissières d'hypermarché sont certainement les véritables prolétaires de notre époque, les seules - ou les dernières - à subir encore une véritable exploitation. Pourquoi dès lors se récrier à la disparition programmée de ce travail ?

L'argument du chômage porte assez peu, le travail de caissière étant un emploi non qualifié : s'il n'est pas sûr que les personnes qui l'occupent puissent aisément retrouver un travail, il est en revanche certain que celles qui pourraient l'occuper auraient toute possibilité d'en occuper un autre, certainement moins dégradant que celui-là.

Par Robert H. - Publié dans : robert.holcman
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Lundi 12 mars 2007 1 12 /03 /Mars /2007 21:40

Une nouvelle fois, une affaire d'euthanasie jugée devant les tribunaux vient nous rappeler l'échéance glacante de la fin de la vie et de sa prise en charge sociale.

Encore une fois, des gens pétris jusqu'à l'écoeurement d'intentions pures et louables (de celles qui président généralement aux plus grandes horreurs) ont abrégé l'existence d'une personne au motif que cette dernière l'aurait (ça reste à prouver) demandé. Pourquoi s'arrêter en si bon chemin pourrait-on se dire... Quelqu'un a envie de se suicider mais répugne au passage à l'acte ? Qu'à cela ne tienne, il n'y a qu'à l'aider...

Plus sérieusement, la question de l'euthanasie soulève deux questions majeures, l'une organisationnelle si l'on ose dire, l'autre éthique. Les réflexions sur l'abrègement de la fin de la vie ne pourront être audibles que le jour où la prise en charge de la douleur sera généralisée dans les établissements de santé, dotés alors d'équipes mobiles de soins palliatifs. C'est souvent une douleur insupportable qui conduit les patients à demander que l'on mette fin à leurs souffrances. Convenablement traités contre la douleur, ils retrouvent goût à l'existence.

La question éthique est celle de la légitimité : abréger l'existence d'un être vivant, mais au nom de quel droit ? Derrière l'argument de la souffrance du patient c'est fréquemment la lassitude des familles qui se profile... dans le meilleur des cas. Lassitudes des proches et des familles : le plus terrible dans la maladie est qu'à durer elle finit par susciter irritation, envie d'en finir et culpabilité chez les êtres aimés de celui ou celle qui souffre. Tout ceci dans le meilleur des cas, si l'on peut dire. Il ne faut pas se cacher derrière son petit doigt : l'euthanasie légalisée serait la porte ouverte à toutes les dérives successorales. Il suffit de lire ou de relire Le Horla de Maupassant, la description sinistre et criante de vérité des héritiers se grimant et poussant des cris dans la chambre d'une vieille agonisante pour la faire passer de vie à trépas dans l'impatience de posséder son maigre magot.

Cela veut-il dire pour autant qu'il n'est pas des situations où l'abrègement de l'existence peut être justifié ? Les seules réponses à cette terrible question ne peuvent être que collectives, associant patients, familles et soignants - la décision devant revenir à ces derniers, tout aussi collectivement. Toute décision individuelle en la matière devrait continuer à relever des Assises.

Par Robert H. - Publié dans : robert.holcman
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