Le corps d'Ilan Halimi à peine refroidi qu'une polémique enfle déjà quant à la supposée sur-médiatisation dont son décès ferait l'objet. Ce serait là une affaire crapuleuse à faible "pourcentage" antisémite : la preuve, Youssef Fofana le dit lui-même... La communauté juive aurait réussi à imposer le mobile antisémite et à provoquer une réaction en chaîne dans la classe politique.
L'accusation elle-même est porteuse de clichés antisémites : les Juifs seraient en mesure d'influencer les médias pour déclencher une campagne de presse ; ils seraient suffisamment craints des hommes politiques pour que ces derniers ne prennent pas le risque d'être en retard d'une indignation pro-sémite... en d'autres termes, la victime aurait été musulmane ou chrétienne que l'on en aurait pas fait autant.
S'agissant de ce dernier point, il faut tout de même rappeler que le racisme anti-mulsuman et anti-chrétien (tous deux avérés et tout aussi odieux) n'ont pas donné lieu à un assassinat industriel de masse, et qu'il y a cinquante à peine, les pogroms sévissaient en Europe. Les atteintes anti-sémites effraient davantage que les autres manifestations de racisme parce que l'antisémitisme est porteur en lui-même d’une expression sans mesure et d’actes absolus.
Si l'on parle aujourd'hui à ce point du meurtre d'Ilan Halimi, c'est aussi "qu'on" s'est tu longuement face au déchaînement d'actes antisémites en France au début des années 2000. Il est probable que le "pourcentage" d'antisémitisme dans l'affaire Ilan Halimi est inférieur à celui qu'on a pu constater dans des attaques de synagogues ou de cimetières juifs, ou que l'on déplore encore dans les chasses à la kipa. Oui, tout cela est sans doute vrai, mais la différence est qu'Ilan Halimi est mort, et mort dans des conditions atroces. Pour la première depuis longtemps, un Juif est mort dans un pogrom, même si c'est un pogrom individuel et crapuleux.
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Vendredi 24 février 2006
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Il est étonnant de constater les paradoxes qui animent la droite et la gauche. La droite tient pour acquis que l'homme est foncièrement mauvais et que seules lois et punitions peuvent les contraindre à agir bien. Elle préconise pourtant la liberté la plus grande dans le domaine économique, arguant que seule cette liberté autorise la régulation des facteurs et des agents économiques. Il faut des lois pour empêcher les hommes de se voler ou se tuer mais elles ne sont pas nécessaires pour les empêcher de s'exploiter.
De sont côté, la gauche croît que l'homme est bon et que libéré des contraintes et des tabous de la société, sa gentillesse naturelle tend à s'exprimer. Pourtant, elle demeure interventionniste au niveau économique : la liberté engendre l'exploitation qui ne peut être contrôlée que par l'intervention de l'Etat. L'homme est donc naturellement bon sauf dans le domaine économique où l'on doit contrôler ses penchants qui, autrement fraternels, s'exercent dans ce domaine dans un sens négatif.
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Mercredi 22 février 2006
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Les sévices endurés et la mort ignoble d'Ilan Halimi soulèvent un problème terminologique fondamental. Ilan Halimi a été torturé. Que suggère désormais ce terme après qu'il a été abondamment galvaudé depuis des années, particulièrement depuis la seconde guerre du Golfe, l'ouverture du camp de Guantanamo, et la révélation des mauvais traitements subis par les détenus de la prison d'Abou Graïb.
En d’autres termes, et pour reprendre la description des « tortures » ainsi administrées, les tortionnaires de Ilan Halimi l’ont-ils empêché de dormir ? L’ont-ils exposé à des températures extrêmes ? A des sons insupportables ? Ont-ils profané la Torah devant lui ? L’ont-ils jetée dans les toilettes ? L’ont-ils contraint à adopter des postures inconfortables ? A contempler des femmes nues venant se frotter impudiquement contre lui ? Est-ce donc cela la torture ?
A nous avoir laissé penser que c’était le cas, la presse encoure le reproche aujourd’hui de minimiser ce qu’a subi Ilan Halimi, les souffrances qu’il a endurées pendant trois semaines et qui l’ont conduit à la mort. Malheureusement, il n’y a guère de doute qu’Ilan Halimi a subi bien plus que ce qui vient d’être décrit. Peut-être, hélas, l’apprendrons-nous dans les jours ou les semaines qui viennent.
Pour en revenir à la frontière terrible entre mauvais traitements et torture, il faudrait que les médias fassent un travail sur eux-mêmes pour tenter sinon de la définir tout au moins de l’approcher. Si l’on se remémore ce qui se passait dans les geôles sud-américaines il y a trente ans, chacun d’entre nous peut – en conscience avec lui-même, elle-même – envisager ce qu’il craindrait le plus : être exposé à un froid intense ou recevoir des décharges électriques sur les testicules ? Etre violée par des chiens ou humiliée en étant promenée en laisse ? Subir des coups de perceuses électriques dans les genoux ou avoir la tête secouée en tous sens ?
La terrifiante notion « d’usage limité de la force», un temps reconnue par la Cour suprême israélienne, devrait nous inciter à ouvrir de nouveau le débat : l’installation, hélas pour de longues années encore, dans une période marquée par le terrorisme conduira un jour ou l’autre nos sociétés à réfléchir à la définition de la frontière entre mauvais traitements et torture.
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Mercredi 22 février 2006
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