L’hôpital public français est supposé manquer cruellement de personnel. Commentaires, témoignages, images télévisées, s’accordent à dénoncer une situation où l’insuffisance de la main-d’œuvre hospitalière non seulement dégrade les conditions de travail mais viendrait à compromettre la qualité des soins dispensés. Or l’analyse des dotations en personnel des hôpitaux français ne corrobore pas ce sentiment – en particulier comparativement à l’emploi dans les hôpitaux des principaux pays industrialisés.

La question du personnel dans les hôpitaux ne doit pas se limiter à l’analyse partielle de quelques professions emblématiques, mais doit incorporer l’estimation du nombre d’établissements disséminés sur le territoire national, et l’analyse du champ des compétences employées dans les établissements publics de santé – qui dépasse de très loin les métiers et les professions qui relèvent du soin. De même, le décalage sans cesse croissant entre l’appartenance professionnelle « nominale » et l’appartenance professionnelle réelle – qui met en lumière la prédominance de la fonction dans l’analyse des dotations en personnel – conduit à s’interroger sur ce qu’est réellement un métier ou une profession de soin. Quand on se penche sur la question des dotations en personnel des hôpitaux, c’est bien le nombre de personnels affectés réellement à la prise en charge des patients qui est déterminant.

Ainsi, la France compte 1,2 million d’emplois dans ses hôpitaux, soit autant qu’en Allemagne, alors que ce dernier pays a 20 millions d’habitants et 250 000 lits hospitaliers de plus. En dépit de ce nombre important de salariés dans ses hôpitaux, la France
apparaît paradoxalement comme un pays pauvrement doté en personnels de soins : l’effectif moyen par lit des personnels de soins aigus est de 1,64 personne par lit en France, contre 2,03 en Allemagne, 3,07 en Italie, 3,57 en Espagne et 6,5 au Royaume-Uni. La situation est tout aussi préoccupante s’agissant des personnels infirmiers : l’effectif moyen en France est de 0,56 personne par lit, contre : 0,75 en Allemagne ; 1,36 en Italie ; 1,68 en Espagne ; 1,8 au Royaume-Uni. L’explication se trouve dans la dispersion excessive des personnels de soins entre un nombre particulièrement élevé de structures de santé.

La France compte, en effet, 450 000 lits d’hôpitaux – soit davantage que le Royaume-Uni et que l’Italie, avec 240 000 lits environ, mais nettement moins que l’Allemagne, dont les 700 000 lits s’expliquent pour partie par sa population de 80 millions d’habitants contre 60 millions pour la France. Si l’on raisonne par rapport à la population, l’Allemagne dispose de 8,6 lits par millier d’habitants contre 7,5 pour la France
et 4,1 au Royaume-Uni.

Tous secteurs (public, privé lucratif et privé non lucratif) et toutes activités confondus, la France
compte 2 900 établissements de santé, alors qu’on en recense 3 500 en l’Allemagne, 1 400 au Royaume-Uni et 1 300 en Italie. Rapportés à la population de chaque pays, ces chiffres sont encore plus saisissants : il y a 4,8 établissements pour 100 000 habitants en France, contre 4,2 en Allemagne, 2,3 au Royaume-Uni et 2,2 en Italie. Si l’on circonscrit l’analyse aux hôpitaux, on constate que 54 % d’entre eux sont équipés de moins de 200 lits, 77 % ont moins de 400 lits, 16 % disposent de 400 à 800 lits, et 7 % sont dotés de plus de 800 lits. L’offre hospitalière française est donc non seulement atomisée, mais aussi concentrée sur de petits et très petits hôpitaux.

La première conséquence de cette situation est que la France
consacre davantage de moyens aux dépenses de soins en milieu hospitalier : 6 % de son produit intérieur brut, contre 3,8 % en Allemagne et 3,4 % en Italie. Cela s’explique en grande partie par le nombre élevé des emplois hospitaliers, lui-même rendu nécessaire par la multiplication des structures de soins sur le territoire national.

La dotation relative en personnel des établissements publics de santé ne doit donc pas s’évaluer exclusivement au niveau local, mais doit surtout être interprété comme le symptôme de la dispersion préoccupante des moyens sanitaires hospitaliers entre un nombre trop élevé d’établissements, au demeurant d’une taille trop réduite. C’était d’ailleurs les conclusions du rapport Vallancien (consultable sur http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/064000350/0000.pdf
), qui recommandait la fermeture d’une centaine de blocs opératoires en France, au motif d’un manque d’activité et des risques induits en termes de déqualification des praticiens.

Pour des développements plus complets sur ce sujet, on peut utilement se référer à l’article de Robert Holcman intitulé : « L’hôpital manque-t-il réellement de personnel ? », publié dans le numéro de septembre-octobre 2007 du Journal d’Economie médicale (Vol. 25, n° 5-6, p. 307-317).
 

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Lundi 25 février 2008 1 25 /02 /2008 09:27
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Nicolas Sarkozy, qu'on pensait pourtant faire partie du cercle restreint des maîtres en communication politique, a dilapidé sans vergogne le capital d'image que sa campagne électorale lui avait valu.

Son action à la tête de l'Etat n'est-elle pas conforme à ses engagements ? Fait-il preuve d'immobilisme ? La réponse est non. Bien au contraire, son action en politique étrangère replace la France dans le concert des grandes nations au niveau international.

En dépit de cette entrée en matière objectivement réussie, ses frasques sentimentales, leur influence sur sa manière de présider, le luxe ostentatoire dont il a fait preuve, sont payés à prix extrêmement élevé en termes d'image. Cette déficit de crédibilité sera lourd à effacer.

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Jeudi 31 janvier 2008 4 31 /01 /2008 19:03
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Jusqu’en 1983, le financement des hôpitaux était à l’abri de la rationalité budgétaire, puisque calculé sur la base du système dit « au prix de journée ». Ce mécanisme de financement était fondé sur la fixation par le préfet du prix de chaque journée d’hospitalisation pour l’établissement considéré, en rapportant les charges inscrites à son budget prévisionnel au nombre anticipé de journées d’hospitalisation.

Les charges des établissements étant en majeure partie constituées de frais fixes (le coût du personnel pèse pour près des trois-quarts de leurs dépenses), l’intérêt des directions d’hôpitaux était de sous-estimer le nombre de journées d’hospitalisation de façon à faire augmenter le prix de journée. Par la suite, tout était mis en œuvre pour optimiser l’occupation des lits de l’établissement et, ainsi, d’accroître les recettes de l’établissement. Les budgets hospitaliers étaient dès lors inflationnistes parce que calculés, en réalité, sur la base d’une constatation ex-post des dépenses engagées.

La mise en œuvre du financement par dotation globale, en 1983, répondait à un double objectif : contrôler l’accroissement des dépenses hospitalières et introduire dans les hôpitaux une réflexion quant à la meilleure utilisation des fonds attribués en une incitation à la productivité. Ce mode de financement concernait les établissements publics de santé, les établissements privés à but non lucratif – participant au service public hospitalier ou n’y participant pas, mais ayant néanmoins fait le choix de ce mode de financement.

La dotation globale était une enveloppe budgétaire fermée, attribuée mensuellement, qui représentait environ les trois-quarts des dépenses totales des établissements concernés. Les établissements publics de santé sont donc passés d’un budget ouvert de facto à un budget fermé, défini en début d’exercice budgétaire ; en d’autres termes, l’hôpital a été, pour la première fois, confronté aux règles de l’économie et, en premier lieu, à la rareté.

La réforme du mode de financement des hôpitaux a transformé l’organisation support en organisation dirigeante. La raréfaction des moyens budgétaires a contraint les établissement de santé à la performance et, par voie de conséquence, a considérablement accru le pouvoir des administrateurs par le double mouvement d’accroissement de leur zone d’incertitude vis-à-vis des personnels soignants – notamment médicaux – et par leur mise en situation de réducteurs de l’incertitude de l’organisation confrontée à son nouvel environnement.

Dès lors que le financement des hôpitaux s’est raréfié, les gestionnaires de ce financement se voient accorder une valeur nouvelle et accrue. La gestion de l’abondance n’exige pas un niveau de qualification élevé ; en revanche, affronter la rareté réclame une formation, une expérience et un réseau de relations. Ce qui a transformé l’organisation support en organisation dirigeante, c’est non seulement la position renforcée des administrateurs hospitaliers, formés à la gestion de la rareté, mais également l’importance prise par l’environnement de l’hôpital. L’introduction du financement par dotation globale a placé les directeurs dans la situation d’intercesseurs vis-à-vis d’une nouvelle incertitude qu’ils étaient bien plus capables de contrôler que les professionnels des hôpitaux : la rareté budgétaire en a fait des experts, les a professionnalisés aux yeux mêmes des professionnels.

Par leur formation, les administrateurs d’hôpitaux sont les mieux à même de gérer l’incertitude budgétaire introduite par la réforme de 1983 ; à ce titre, ils se trouvent installés dans une position de pouvoir vis-à-vis de l’organisation soignante.

L’organisation soignante a réagi en refusant la domination de l’organisation dirigeante parce que les priorités de cette dernière ne sont pas les mêmes que les siennes, et l’accroissement de la zone d’incertitude autour des services de soins est l’instrument de ce rejet. Dans ce contexte, les modalités d’accomplissement du travail des personnels de soins deviennent un facteur d’incertitude pour l’organisation dirigeante : l’opacité de l’organisation du travail dans les services de soins est un facteur de pouvoir. L’originalité de la lutte de pouvoir dans les hôpitaux est que le refus de la domination bureaucratique de l’organisation dirigeante par l’organisation soignante s’adosse à une forte composante de légitimité externe. La tentation existe dans les services de soins de mettre en œuvre une « Autogestion clandestine ».


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Samedi 19 janvier 2008 6 19 /01 /2008 16:26
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Le corollaire de l'abolition de la peine de mort devait être l'instauration de la prison dite "à vie". Or le débat actuel sur la légitimité et la pertinence de l'infliction d'une interdiction de libération aux détenus les plus dangereux démontre affreusement que cette question n'a pas été réglée.

En  France la prison à perpétuité n'existe pas, seule une peine incompressible peut être infligée par un tribunal, la période dite "de sûreté" ne pouvant excéder 30 ans. En d'autres termes, la condamnation la plus lourde en France est de 30 ans de prison. C'est beaucoup, mais cela signifie aussi qu'une personne de 20 ans ayant encouru cette peine, considérée donc comme particulièrement dangereuse sort de prison à l'âge de 50 ans - 60 ans si elle a été condamnée à l'âge de 30 ans.

L'absence de perpétuité, et les conséquences dramatiques qu'elle provoque parfois, conduit donc à envisager d'interdire d'être libéré à des prisonniers ayant purgé leur peine. Nous sommes donc dans une situation où, ayant refusé de voter une peine réelle de perpétuité (appliquée par un jury, lors d'un procès d'assises), on envisage de priver administrativement de liberté des détenus jugés particulièrement dangereux et nécessitant des soins psychiatriques.

Si l'on considère ces détenus comme devant recevoir des soins, pourquoi leur infliger une peine de prison ? Ce qui transparaît en effet en filigrane de ce débat, c'est bien celui sur la responsabilité pénale. Pour louables que soient les motifs de l'instauration d'une rétention de sûreté, cette mesure met cruellement en lumière les approximations de la justice - donc de la loi - dans notre pays quant à la prise en charge, la punition et la prévention de la récidive chez les criminels les plus dangereux.

Il aurait été sans doute plus simple d'instaurer une vraie peine de perpétuité, dès lors que l'on considère que la dangerosité de certains individus ne décroît pas avec le temps.


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Mardi 8 janvier 2008 2 08 /01 /2008 12:08
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Le style d'exercice du pouvoir adopté par le nouveau président, Nicolas Sarkozy, fait couler beaucoup d'encre, et suscite de nombreux commentaires pas toujours dénués de pertinence quant au risque de galvauder la fonction qu'il occupe.

Il est pourtant une conséquence éventuelle qui n'est bizarrement jamais évoquée, celle liée au rôle central du président de la République dans la dissuasion nucléaire française.

La théorie de la dissuasion à laquelle est adossée la force de frappe nucléaire de l'armée française se fonde sur trois éléments : le gain éventuellement obtenu par l'agresseur (la différence entre l'état final après l'agression et le statu quo comme indiqué dans l'encadré ci-dessous) ; le coût de l'agression infligé en retour à l'éventuel agresseur par le biais de l'arme nucléaire ; et la probabilité d'emploi de cette dernière.

L’équation de la dissuasion
 
Vef – Vsq < PC
Vef : valeur de l’état final après agression.
Vsq : valeur du statu quo avant l’agression.
C : pénalité infligée à l’agresseur par l’agressé.
P : probabilité que cette pénalité soit effectivement infligée.


En d'autres termes, toute la dissuasion nucléaire est bâtie sur la conviction qu'ont les adversaires de la France que le chef de l'Etat serait décidé à l'employer si nécessaire. On dit que le président Pompidou, personnellement opposé à la peine de mort, s'était donné pour principe de ne pas accorder de grâce aux condamnés justement pour accréditer sa capacité à prendre des décisions lourdes. De même, dans son discours prononcé en janvier 2006 durant sa visite aux forces aériennes, océaniques et stratégiques basées à l'Ile-Longue, Jacques Chirac a-t-il averti que l'intention de certains groupes de s'attaquer à la France par des armes non conventionnelles pouvait provoquer une frappe nucléaire préventive sur les Etats qui les soutiendraient.

C'est dans cette perspective que le style de la présidence de Nicolas Sarkozy pose question : quelle crédibilité accorder à un chef d'Etat dont l'image - à tort ou à raison - s'établit sur le marivaudage, les histoires de coeur et les croisières de milliardaires ? C'est peut-être injuste, parce qu'une des qualités du nouveau président semble justement sa capacité à prendre des décisions, mais c'est ainsi. Projeter une image de force, c'est souvent prendre l'assurance de ne pas devoir se servir de cette dernière ; une image de faiblesse, même si ce n'est qu'un image, est toujours à la source de grands maux en politique internationale.

N'oublions pas que la faiblesse du président américain Carter est concomitante de la prise d'otage à l'ambassade américaine à Téhéran et de l'invasion de l'Afghanistan par l'URSS, et que les attentats du 11 septembre 2001 se sont déroulés sous la présidence de Georges Bush junior, qui ne passe pas pour le président américain le mieux élu, le plus décidé et le plus compétent.

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Vendredi 28 décembre 2007 5 28 /12 /2007 18:28
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