Les violences provoquées par la mort de deux jeunes gens à Villiers-le-Bel appellent plusieurs remarques.

La première est que le prix de la vie n'est - semble-t-il - pas le même sur le territoire national. La mort de deux jeunes garçons en banlieue dite "difficile" ou "en difficulté" (selon les points de vue), aussi dramatique et insoutenable pour les parents fût-elle, soulève une explosion formidable de violence, cependant que d'autres accidents mortels dans des parties plus calmes du territoire national font à peine la couverture des journaux locaux.

En second lieu, les tirs dont les forces de police ont fait l'objet viennent apporter une conclusion à la polémique qui a agité le landerneau médiatique il y a quelques années. Reportages de TF1 contre débats ironiques à (feu) Arrêt sur images sur la 5ème chaîne de télé, le débat était vif quant à la véracité du trafic d'armes dans les banlieues. Désormais on sait que par-delà le grand banditisme et les attaques de fourgon blindés à l'arme de guerre, la possession et - désormais - l'utilisation d'armes à feu se constate dans certaines de nos banlieues... pas étonnant que nombre d'habitants y soient effrayés et peu enclins à témoigner devant la justice.

Enfin, la France est désormais confrontée au terrible dilemme qu'ont connu les forces israéliennes de sécurité durant les deux intifadas : comment faire du maintien de l'ordre tout en devant parer à des tirs d'armes à feu issus de personnes mêlées à des manifestants non armés. Les médias français s'en sont donnés à coeur joie dans les territoires palestiniens occupés, dans la dénonciation de la prétendue brutalité excessive de l'armée israélienne.

Confrontées à une situation qui s'en rapproche de plus en plus, que vont faire les autorités de sûreté française ? Laisser les forces de police se faire tirer dessus impunément, au risque de devoir bientôt comptabiliser blessés graves, handicapés ou morts dans les rangs de ces dernières ? Ou bien engager, dans les situations de répression d'émeutes, des tireurs d'élite équipés de balles en caoutchouc afin de neutraliser les porteurs d'armes à feu ?

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Mercredi 28 novembre 2007 3 28 /11 /2007 17:15
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L’hôpital est une des structures de travail les plus anciennes qui existent : à l’époque où l’entreprise n’est pas encore un concept et où le travail s’organise sous forme de compagnonnage, se forment les fondements culturels de l’accueil des souffrants dont on peut encore aujourd’hui distinguer les traces dans les structures modernes de l’hôpital public. Héritières des sœurs dévouées aux indigents et aux nécessiteux, les infirmières et les aides-soignantes ont façonné l’organisation de leur activité sur la prise en charge des malades au fil de leur arrivée dans le service.
Cette gestion séquentielle – sans aucun doute indispensable dans de nombreux cas – a déteint sur les autres composantes du travail des soignants : de même qu’on accueille immédiatement un malade en situation d’urgence, on traite l’ensemble des aspects du travail qui, pourtant, pourrait faire l’objet d’une planification. A l’exception de l’urgence médicale, c’est trop fréquemment la règle de la file d’attente inversée qui prévaut dans un service hospitalier : chaque tâche qui se présente venant chasser celles qui étaient en attente de réalisation.
L’organisation séquentielle du travail a pour corollaire une parcellisation excessive des tâches (décrite dans un article disponible sur : http://www.robertholcman.net/documents/articles/orgatravailservicesoin.pdf). Il est souvent tenu pour acquis, et défendu par les personnels eux-mêmes, que le nombre de tâches accomplies par les membres d’un service de soins est déterminé par la nature particulière de leur activité, qui ne pourrait pas se comparer à ce que l’on observe dans d’autres secteurs : en d’autres termes, le rythme et l’organisation de l’activité professionnelle dans les services de soins serait surdéterminée par les interruptions et les actes imprévus consécutifs à l’urgence.
Pourtant, la question reste posée du sens de la causalité : est-ce l’atomisation des composantes de l’activité qui conduit à l’organisation du travail observée ou bien est-ce l’inorganisation du travail qui entraîne sa parcellisation ? En d’autres termes, le nombre de tâches accomplies par les agents correspond-t-il à des activités distinctes ou est-ce – sous l’effet d’un manque de hiérarchisation des missions à accomplir – l’interruption des tâches qui conduit à leur multiplication ?
La particularité du travail en milieu hospitalier vient de la difficulté à identifier les tâches sécables de celles qui ne le sont pas ; la prise en compte séquentielle des activités conduit fréquemment les agents à se saisir des tâches à accomplir au fil de leur arrivée, sans opérer entre elles une hiérarchisation qui permettrait leur découpage et, partant, leur traitement au long de la journée. A ce constat, les agents opposent systématiquement la nature particulière de leur travail, l’obligation de répondre aux demandes du patient, la nécessité d’ajuster le volume et le rythme de leur activité aux exigences de l’état de santé de ceux qu’ils se doivent de soigner.
L’une des explications de cet état de fait provient de la redondance dans l’accomplissement des tâches. Quand on interroge les membres de services de soins, on se rend compte que l’accomplissement de nombreuses tâches est revendiqué par des agents aux métiers pourtant différents. On peut comprendre que certaines activités soient redondantes dès lors qu’elles s’exercent à plusieurs niveaux de compétence ou dans des domaines d’activité différents. Il semble plus difficile, en revanche, de trouver une justification organisationnelle au fait que les tâches de secrétariat, de prise de rendez-vous ou d’accueil du patient soient partagées de la sorte.
Cette atomisation, préjudiciable à l’efficience des tâches accomplies, ne peut trouver son origine que dans une défaillance de l’organisation du travail. Le phénomène est encore plus préoccupant s’agissant des relations avec le patient : la pléthore de personnels déclarant communiquer des informations et répondre aux sollicitations des malades s’assimile à une dispersion de cette tâche pourtant essentielle, c’est là une source d’insécurité et d’angoisse pour les patients et leur famille qui se plaignent souvent du manque d’interlocuteur dans les services.
De même, l’écrit est souvent ressenti par les personnels comme une obligation médico-légale ou comme une nécessité répondant à un souci d’archivage, et pas comme un vecteur privilégié de transmission de l’information. La transmission orale n’est pas sans vertu parce qu’elle autorise une richesse et une expression inaccessibles à l’écrit, mais à condition qu’elle complète un socle de renseignements objectivés dont la diffusion est reproductible et sans déformations. Tout le problème vient, en effet, de la primauté accordée à la transmission orale qui, par-delà sa richesse, est extrêmement subjective, sensible à l’état, à l’humeur et à la disponibilité des agents.
La prépondérance accordée à l’oral contraint les agents des services hospitaliers à reformuler périodiquement les informations qu’ils communiquent et/ou à réitérer les demandes d’informations qu’ils formulent ; une bonne partie de leur temps d’activité professionnelle consiste ainsi à acquérir et, surtout, à vérifier les informations acquises ou transmises – l’information orale étant, en effet, sujette à déformations et à interprétations.
Ces modalités particulières de transmission font de la recherche et de la validation de l’information thérapeutique une quête épuisante. Interrogés, les personnels non médicaux des services de soins décrivent abondamment l’anxiété ressentie à l’égard des justes prescriptions données aux malades, ou des gestes techniques à accomplir. L’inorganisation de la transmission de l’information et sa validation permanente constituent un facteur de stress et d’épuisement pour les agents qui y sont astreints – les personnels soignants se trouvant en l’occurrence en asymétrie d’information vis-à-vis des médecins qui ont l’initiative de la démarche thérapeutique.
L’explication avancée par les personnels à leur sentiment de fatigue et parfois d’épuisement est le manque de personnel ; or, à l’observation, rien ne vient corroborer cette explication. Toute visite dans un service de soins permet au contraire d’infirmer les interprétations fondées sur la nature du travail. C’est plutôt l’incertitude qui absorbe l’énergie des personnels, en grande partie en raison de l’archaïsme des modes d’acquisition et de transmission de l’information qui ont cours dans les services, et que l’importance de la ritualisation investie dans les transmissions orales ne doit pas masquer.

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Jeudi 22 novembre 2007 4 22 /11 /2007 17:52
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Tout le monde, ou presque, se souvient de ces images terribles d'un enfant palestinien tant bien que mal protégé par son père derrière un fût de béton, subissant des tirs d'armes automatiques jusqu'à en perdre la vie. Ces images, une exclusivité de la chaîne de télévision France 2,  ont été fournies et montés par Charles Enderlin, son correspondant permanent en Israël. Le commentaire de ce dernier mettait explicitement en cause l'armée israélienne, accusée d'avoir délibérément tiré sur Mohamed A-Dura et son père pour les tuer, et expliquait que les images les plus dures n'avaient pas été retenues au montage tant elles étaients choquantes.

Or, depuis plusieurs années, une agence de Presse - la Metula News Agency - remet totalement en question cette version. Dans un court reportage de 13 minutes (http://www.guysen.tv/mena_al_dura.php), elle s'applique à démontrer que non seulement les tirs ne pouvaient pas venir des positions israéliennes, mais plus encore - et surtout, serait-on tenté de dire - les événements qui se sont déroulés ce jour-là au carrefour de Nétzarim forment une manipulation médiatique qui a vocation à entrer dans l'histoire du journalisme.

En d'autres termes, l'enfant ne serait pas mort, et de nombreuses autres simulations - filmées dans ce reportage - tendraient à démontrer que tout était organisé pour monter une telle manipulation.

Là où le problème se corse pour Charles Enderlin, c'est que la démonstration de la Metula News Agency n'est pas invalidée par le fait qu'elle soit clairement pro-israélienne : l'armée israélienne, puis le cabinet du premier ministre israélien se sont désormais emparés de l'affaire, demandant à France 2  la remise d'une copie des rushs soi-disant "insoutenables", et que la justice française est saisie via une plainte en diffamation.

Or Charles Enderlin, et France 2, sont dans l'incapacité de fournir les fameux rushs censés accréditer la thèse défendue dans le reportage incriminé. Les seules images exposées, notamment il y a quelques jours devant la Cour d'appel de Paris, démontrent le caractère chaotique des événements qui se sont déroulés ce jour-là mais ne prouvent rien : ni que c'est l'armée israélienne qui a tiré, ni même que le jeune garçon soit mort.

Cette situation, mise sous le boisseau pour l'instant par les médias français, pourrait s'avérer terrible pour la chaîne publique et son correspondant local : si les affirmations de la Metula News Agency se révèlent fondées, c'est à une manipulation digne de Timisoara que se serait prêté l'un des grands médias français. A suivre...


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Mardi 20 novembre 2007 2 20 /11 /2007 09:11
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A suivre la couverture médiatique du "mouvement étudiant" actuel, on serait tenté de constater l'émergence d'une réaction étudiante anti-blocage des facultés : une majorité d'étudiants hostiles à l'interdiction d'entrer dans les établissements d'enseignement supérieur, opposée à une minorité agissante, organisée et politisée, qui agit "institutionnellement" dans le sens inverse, notamment par l'organisation d'assemblées générales "décisionnelles".

Or cette situation n'a rien de nouveau, il en a toujours été ainsi. Pourquoi dès lors l'instrumentalisation et les dérives des groupes agissants font-ils à ce point l'objet de reportages télévisés ; pourquoi la parole est-elle ainsi accordée aux "anti-blocage" ?

La réponse vient sans nul doute de l'élection de Nicolas Sarkozy. Soit que la parole de ces étudiants en ait été libérée, qu'ils se sentent désormais autorisés à revendiquer le libre accès à leurs facs. Soit que les médias dans leur ensemble prennent acte de la nouvelle direction présidentielle et donnent une parole publique à ceux qui en étaient privés jusque là - ce qui confirmerait, une fois de plus, la proximité entre supports d'information et pouvoir politique dans notre pays.

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Mercredi 14 novembre 2007 3 14 /11 /2007 10:20
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Un éléments important, bien que peu pris en considération, est en mesure de déterminer la plus ou moins grande durée du conflit social qui s'engage : le temps qu'il va faire.

En 1995, la météo clémente a servi les grévistes : l'absence de pluie, parfois le soleil, ont donné un air festif aux transports improvisés. Même les déplacements en camion militaire prenait une tonalité joyeuse. Nul doute que des heures à pied, en vélo ou en roller, passées sous une pluie battante auraient considérablement amoindri la magnanimité des usagers des transports à l'égard des grévistes.

Or en cette veille de grève, que les grévistes souhaitent placer sous le haut patronage de "Celles de 1995", le temps est maussage, la pluie tombe... sur la région parisienne tout du moins. Si elle se maintient, il est possible que dès la fin de la journée du mercredi 14 novembre soit épuisé le capital tolérance ou sympathie accordé aux grévistes.

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Mardi 13 novembre 2007 2 13 /11 /2007 17:41
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