Mercredi 27 février 2008 3 27 /02 /Fév /2008 16:00

La vague d'enthousiasme qui saisit les élites françaises à l'égard de Barak Obama, candidat à la candidature du parti démocrate américain pour la prochaine élection présidentielle, conduit certains commentateurs à le comparer à John Kennedy.

Cette comparaison - summum des compliments sous la plume de certains journalistes français - tient pour acquis que Kennedy aurait été un grand président, un modèle pour ses successeurs américains, et bien au-delà dans le monde, tant son action demeure exemplaire. A bien y regarder, on s'aperçoit que la crise des missiles de Cuba a l'occasion d'un défaite stratégique importante des Etats-Unis, contraint de retirer leurs missiles du territoire turc. Quant aux réformes sociales que Kennedy s'était engagé à mener, sa maladresse et son manque d'habilité politique (et non pas l'interruption dramatique de sa présidence) qui a fait que c'est son successeur, Lyndon Johnson, qui s'est chargé de les mettre en oeuvre. Seul l'enthousiasme suscité, donc, unit les deux hommes.
 
Ce qui est à craindre, c'est que par delà le succès d'estime rencontré par le sénateur Obama dans la course à la Maison-Blanche, le catalogue de bons sentiments - qui semble lui tenir lieu de programme politique - ne soit qu'une redite des errements de Jimmy Carter, dont le passage à la présidence des Etats-Unis aura été concomitant d'un recul de l'influence américaine : prise d'otage à l'ambassade américaine à Téhéran ; envahissement de l'Aghanistan par l'URSS.

La situation internationale extrêmement tendue réclame à la tête de la première puissance mondiale, un(e) leader expérimenté(e), à même de faire prévaloir force et diplomatie. Ce serait faire courir un bien grand risque à notre civilisation et à notre mode de vie que de passer de huit ans de présidence Bush, président faible, à une présidence américaine déclamatoire et impuissante.

Par Robert H.
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 27 février 2008 3 27 /02 /Fév /2008 15:46

Les insultes proférées par Nicolas Sarkozy, le président de la République, à l'encontre d'un passant au salon de l'agriculture, ont soulevé un tollé. On peut en effet s'interroger sur la compatibilité d'un langage de charretier avec la fonction présidentielle, a fortiori quand le titulaire actuelle fonde une partie de son discours sur un retour aux valeurs, à la morale, au respect.

Certains commentaires ont toutefois frisé la malhonnêteté intellectuelle. Affirmer, comme certains l'ont fait, qu'un tel excès de langage n'avait jamais été constaté à ce niveau de l'Etat relève soit de la mauvaise foi, soit de l'incompétence historique - deux défauts problématiques chez les journalistes.

Sans même parler du langage ordurier que Dominique de Villepin semble (selon certains commentaires, certes) affectionner, faut-il rappeller les propos de Jacques Chirac, alors premier ministre, à l'encontre de Margaret Thatcher ? A la fin d'un "marathon" européen à Bruxelles, alors que cette dernière avait arraché nombre de concessions à ses partenaires européens tout en demeurant exigeante, Jacques Chirac s'était écrié : "Et qu'est-ce qu'elle veut en plus ? Mes couilles sur un plateau ?", provoquant un scandale outre-manche.

Mais, s'agissant de Chirac, ces écarts de langage sont considérés avec bonhomie, presque affection ; chez Sarkozy, ils seraient la marque d'un profond déséquilibre psychologique. Cette différence de traitement devrait appeller une réflexion profonde de la part de cet homme politique d'expérience quant à son image.

Par Robert H.
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 25 février 2008 1 25 /02 /Fév /2008 09:27
L’hôpital public français est supposé manquer cruellement de personnel. Commentaires, témoignages, images télévisées, s’accordent à dénoncer une situation où l’insuffisance de la main-d’œuvre hospitalière non seulement dégrade les conditions de travail mais viendrait à compromettre la qualité des soins dispensés. Or l’analyse des dotations en personnel des hôpitaux français ne corrobore pas ce sentiment – en particulier comparativement à l’emploi dans les hôpitaux des principaux pays industrialisés.

La question du personnel dans les hôpitaux ne doit pas se limiter à l’analyse partielle de quelques professions emblématiques, mais doit incorporer l’estimation du nombre d’établissements disséminés sur le territoire national, et l’analyse du champ des compétences employées dans les établissements publics de santé – qui dépasse de très loin les métiers et les professions qui relèvent du soin. De même, le décalage sans cesse croissant entre l’appartenance professionnelle « nominale » et l’appartenance professionnelle réelle – qui met en lumière la prédominance de la fonction dans l’analyse des dotations en personnel – conduit à s’interroger sur ce qu’est réellement un métier ou une profession de soin. Quand on se penche sur la question des dotations en personnel des hôpitaux, c’est bien le nombre de personnels affectés réellement à la prise en charge des patients qui est déterminant.

Ainsi, la France compte 1,2 million d’emplois dans ses hôpitaux, soit autant qu’en Allemagne, alors que ce dernier pays a 20 millions d’habitants et 250 000 lits hospitaliers de plus. En dépit de ce nombre important de salariés dans ses hôpitaux, la France
apparaît paradoxalement comme un pays pauvrement doté en personnels de soins : l’effectif moyen par lit des personnels de soins aigus est de 1,64 personne par lit en France, contre 2,03 en Allemagne, 3,07 en Italie, 3,57 en Espagne et 6,5 au Royaume-Uni. La situation est tout aussi préoccupante s’agissant des personnels infirmiers : l’effectif moyen en France est de 0,56 personne par lit, contre : 0,75 en Allemagne ; 1,36 en Italie ; 1,68 en Espagne ; 1,8 au Royaume-Uni. L’explication se trouve dans la dispersion excessive des personnels de soins entre un nombre particulièrement élevé de structures de santé.

La France compte, en effet, 450 000 lits d’hôpitaux – soit davantage que le Royaume-Uni et que l’Italie, avec 240 000 lits environ, mais nettement moins que l’Allemagne, dont les 700 000 lits s’expliquent pour partie par sa population de 80 millions d’habitants contre 60 millions pour la France. Si l’on raisonne par rapport à la population, l’Allemagne dispose de 8,6 lits par millier d’habitants contre 7,5 pour la France
et 4,1 au Royaume-Uni.

Tous secteurs (public, privé lucratif et privé non lucratif) et toutes activités confondus, la France
compte 2 900 établissements de santé, alors qu’on en recense 3 500 en l’Allemagne, 1 400 au Royaume-Uni et 1 300 en Italie. Rapportés à la population de chaque pays, ces chiffres sont encore plus saisissants : il y a 4,8 établissements pour 100 000 habitants en France, contre 4,2 en Allemagne, 2,3 au Royaume-Uni et 2,2 en Italie. Si l’on circonscrit l’analyse aux hôpitaux, on constate que 54 % d’entre eux sont équipés de moins de 200 lits, 77 % ont moins de 400 lits, 16 % disposent de 400 à 800 lits, et 7 % sont dotés de plus de 800 lits. L’offre hospitalière française est donc non seulement atomisée, mais aussi concentrée sur de petits et très petits hôpitaux.

La première conséquence de cette situation est que la France
consacre davantage de moyens aux dépenses de soins en milieu hospitalier : 6 % de son produit intérieur brut, contre 3,8 % en Allemagne et 3,4 % en Italie. Cela s’explique en grande partie par le nombre élevé des emplois hospitaliers, lui-même rendu nécessaire par la multiplication des structures de soins sur le territoire national.

La dotation relative en personnel des établissements publics de santé ne doit donc pas s’évaluer exclusivement au niveau local, mais doit surtout être interprété comme le symptôme de la dispersion préoccupante des moyens sanitaires hospitaliers entre un nombre trop élevé d’établissements, au demeurant d’une taille trop réduite. C’était d’ailleurs les conclusions du rapport Vallancien (consultable sur http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/064000350/0000.pdf
), qui recommandait la fermeture d’une centaine de blocs opératoires en France, au motif d’un manque d’activité et des risques induits en termes de déqualification des praticiens.

Pour des développements plus complets sur ce sujet, on peut utilement se référer à l’article de Robert Holcman intitulé : « L’hôpital manque-t-il réellement de personnel ? », publié dans le numéro de septembre-octobre 2007 du Journal d’Economie médicale (Vol. 25, n° 5-6, p. 307-317).
 
Par Robert H.
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 31 janvier 2008 4 31 /01 /Jan /2008 19:03
Nicolas Sarkozy, qu'on pensait pourtant faire partie du cercle restreint des maîtres en communication politique, a dilapidé sans vergogne le capital d'image que sa campagne électorale lui avait valu.

Son action à la tête de l'Etat n'est-elle pas conforme à ses engagements ? Fait-il preuve d'immobilisme ? La réponse est non. Bien au contraire, son action en politique étrangère replace la France dans le concert des grandes nations au niveau international.

En dépit de cette entrée en matière objectivement réussie, ses frasques sentimentales, leur influence sur sa manière de présider, le luxe ostentatoire dont il a fait preuve, sont payés à prix extrêmement élevé en termes d'image. Cette déficit de crédibilité sera lourd à effacer.
Par Robert H.
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 19 janvier 2008 6 19 /01 /Jan /2008 16:26

Jusqu’en 1983, le financement des hôpitaux était à l’abri de la rationalité budgétaire, puisque calculé sur la base du système dit « au prix de journée ». Ce mécanisme de financement était fondé sur la fixation par le préfet du prix de chaque journée d’hospitalisation pour l’établissement considéré, en rapportant les charges inscrites à son budget prévisionnel au nombre anticipé de journées d’hospitalisation.

Les charges des établissements étant en majeure partie constituées de frais fixes (le coût du personnel pèse pour près des trois-quarts de leurs dépenses), l’intérêt des directions d’hôpitaux était de sous-estimer le nombre de journées d’hospitalisation de façon à faire augmenter le prix de journée. Par la suite, tout était mis en œuvre pour optimiser l’occupation des lits de l’établissement et, ainsi, d’accroître les recettes de l’établissement. Les budgets hospitaliers étaient dès lors inflationnistes parce que calculés, en réalité, sur la base d’une constatation ex-post des dépenses engagées.

La mise en œuvre du financement par dotation globale, en 1983, répondait à un double objectif : contrôler l’accroissement des dépenses hospitalières et introduire dans les hôpitaux une réflexion quant à la meilleure utilisation des fonds attribués en une incitation à la productivité. Ce mode de financement concernait les établissements publics de santé, les établissements privés à but non lucratif – participant au service public hospitalier ou n’y participant pas, mais ayant néanmoins fait le choix de ce mode de financement.

La dotation globale était une enveloppe budgétaire fermée, attribuée mensuellement, qui représentait environ les trois-quarts des dépenses totales des établissements concernés. Les établissements publics de santé sont donc passés d’un budget ouvert de facto à un budget fermé, défini en début d’exercice budgétaire ; en d’autres termes, l’hôpital a été, pour la première fois, confronté aux règles de l’économie et, en premier lieu, à la rareté.

La réforme du mode de financement des hôpitaux a transformé l’organisation support en organisation dirigeante. La raréfaction des moyens budgétaires a contraint les établissement de santé à la performance et, par voie de conséquence, a considérablement accru le pouvoir des administrateurs par le double mouvement d’accroissement de leur zone d’incertitude vis-à-vis des personnels soignants – notamment médicaux – et par leur mise en situation de réducteurs de l’incertitude de l’organisation confrontée à son nouvel environnement.

Dès lors que le financement des hôpitaux s’est raréfié, les gestionnaires de ce financement se voient accorder une valeur nouvelle et accrue. La gestion de l’abondance n’exige pas un niveau de qualification élevé ; en revanche, affronter la rareté réclame une formation, une expérience et un réseau de relations. Ce qui a transformé l’organisation support en organisation dirigeante, c’est non seulement la position renforcée des administrateurs hospitaliers, formés à la gestion de la rareté, mais également l’importance prise par l’environnement de l’hôpital. L’introduction du financement par dotation globale a placé les directeurs dans la situation d’intercesseurs vis-à-vis d’une nouvelle incertitude qu’ils étaient bien plus capables de contrôler que les professionnels des hôpitaux : la rareté budgétaire en a fait des experts, les a professionnalisés aux yeux mêmes des professionnels.

Par leur formation, les administrateurs d’hôpitaux sont les mieux à même de gérer l’incertitude budgétaire introduite par la réforme de 1983 ; à ce titre, ils se trouvent installés dans une position de pouvoir vis-à-vis de l’organisation soignante.

L’organisation soignante a réagi en refusant la domination de l’organisation dirigeante parce que les priorités de cette dernière ne sont pas les mêmes que les siennes, et l’accroissement de la zone d’incertitude autour des services de soins est l’instrument de ce rejet. Dans ce contexte, les modalités d’accomplissement du travail des personnels de soins deviennent un facteur d’incertitude pour l’organisation dirigeante : l’opacité de l’organisation du travail dans les services de soins est un facteur de pouvoir. L’originalité de la lutte de pouvoir dans les hôpitaux est que le refus de la domination bureaucratique de l’organisation dirigeante par l’organisation soignante s’adosse à une forte composante de légitimité externe. La tentation existe dans les services de soins de mettre en œuvre une « Autogestion clandestine ».

Par Robert H.
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés