Mardi 8 janvier 2008 2 08 /01 /Jan /2008 12:08

Le corollaire de l'abolition de la peine de mort devait être l'instauration de la prison dite "à vie". Or le débat actuel sur la légitimité et la pertinence de l'infliction d'une interdiction de libération aux détenus les plus dangereux démontre affreusement que cette question n'a pas été réglée.

En  France la prison à perpétuité n'existe pas, seule une peine incompressible peut être infligée par un tribunal, la période dite "de sûreté" ne pouvant excéder 30 ans. En d'autres termes, la condamnation la plus lourde en France est de 30 ans de prison. C'est beaucoup, mais cela signifie aussi qu'une personne de 20 ans ayant encouru cette peine, considérée donc comme particulièrement dangereuse sort de prison à l'âge de 50 ans - 60 ans si elle a été condamnée à l'âge de 30 ans.

L'absence de perpétuité, et les conséquences dramatiques qu'elle provoque parfois, conduit donc à envisager d'interdire d'être libéré à des prisonniers ayant purgé leur peine. Nous sommes donc dans une situation où, ayant refusé de voter une peine réelle de perpétuité (appliquée par un jury, lors d'un procès d'assises), on envisage de priver administrativement de liberté des détenus jugés particulièrement dangereux et nécessitant des soins psychiatriques.

Si l'on considère ces détenus comme devant recevoir des soins, pourquoi leur infliger une peine de prison ? Ce qui transparaît en effet en filigrane de ce débat, c'est bien celui sur la responsabilité pénale. Pour louables que soient les motifs de l'instauration d'une rétention de sûreté, cette mesure met cruellement en lumière les approximations de la justice - donc de la loi - dans notre pays quant à la prise en charge, la punition et la prévention de la récidive chez les criminels les plus dangereux.

Il aurait été sans doute plus simple d'instaurer une vraie peine de perpétuité, dès lors que l'on considère que la dangerosité de certains individus ne décroît pas avec le temps.

Par Robert H.
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Vendredi 28 décembre 2007 5 28 /12 /Déc /2007 18:28
Le style d'exercice du pouvoir adopté par le nouveau président, Nicolas Sarkozy, fait couler beaucoup d'encre, et suscite de nombreux commentaires pas toujours dénués de pertinence quant au risque de galvauder la fonction qu'il occupe.

Il est pourtant une conséquence éventuelle qui n'est bizarrement jamais évoquée, celle liée au rôle central du président de la République dans la dissuasion nucléaire française.

La théorie de la dissuasion à laquelle est adossée la force de frappe nucléaire de l'armée française se fonde sur trois éléments : le gain éventuellement obtenu par l'agresseur (la différence entre l'état final après l'agression et le statu quo comme indiqué dans l'encadré ci-dessous) ; le coût de l'agression infligé en retour à l'éventuel agresseur par le biais de l'arme nucléaire ; et la probabilité d'emploi de cette dernière.

L’équation de la dissuasion
 
Vef – Vsq < PC
Vef : valeur de l’état final après agression.
Vsq : valeur du statu quo avant l’agression.
C : pénalité infligée à l’agresseur par l’agressé.
P : probabilité que cette pénalité soit effectivement infligée.


En d'autres termes, toute la dissuasion nucléaire est bâtie sur la conviction qu'ont les adversaires de la France que le chef de l'Etat serait décidé à l'employer si nécessaire. On dit que le président Pompidou, personnellement opposé à la peine de mort, s'était donné pour principe de ne pas accorder de grâce aux condamnés justement pour accréditer sa capacité à prendre des décisions lourdes. De même, dans son discours prononcé en janvier 2006 durant sa visite aux forces aériennes, océaniques et stratégiques basées à l'Ile-Longue, Jacques Chirac a-t-il averti que l'intention de certains groupes de s'attaquer à la France par des armes non conventionnelles pouvait provoquer une frappe nucléaire préventive sur les Etats qui les soutiendraient.

C'est dans cette perspective que le style de la présidence de Nicolas Sarkozy pose question : quelle crédibilité accorder à un chef d'Etat dont l'image - à tort ou à raison - s'établit sur le marivaudage, les histoires de coeur et les croisières de milliardaires ? C'est peut-être injuste, parce qu'une des qualités du nouveau président semble justement sa capacité à prendre des décisions, mais c'est ainsi. Projeter une image de force, c'est souvent prendre l'assurance de ne pas devoir se servir de cette dernière ; une image de faiblesse, même si ce n'est qu'un image, est toujours à la source de grands maux en politique internationale.

N'oublions pas que la faiblesse du président américain Carter est concomitante de la prise d'otage à l'ambassade américaine à Téhéran et de l'invasion de l'Afghanistan par l'URSS, et que les attentats du 11 septembre 2001 se sont déroulés sous la présidence de Georges Bush junior, qui ne passe pas pour le président américain le mieux élu, le plus décidé et le plus compétent.
Par Robert H.
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Mercredi 28 novembre 2007 3 28 /11 /Nov /2007 17:15
Les violences provoquées par la mort de deux jeunes gens à Villiers-le-Bel appellent plusieurs remarques.

La première est que le prix de la vie n'est - semble-t-il - pas le même sur le territoire national. La mort de deux jeunes garçons en banlieue dite "difficile" ou "en difficulté" (selon les points de vue), aussi dramatique et insoutenable pour les parents fût-elle, soulève une explosion formidable de violence, cependant que d'autres accidents mortels dans des parties plus calmes du territoire national font à peine la couverture des journaux locaux.

En second lieu, les tirs dont les forces de police ont fait l'objet viennent apporter une conclusion à la polémique qui a agité le landerneau médiatique il y a quelques années. Reportages de TF1 contre débats ironiques à (feu) Arrêt sur images sur la 5ème chaîne de télé, le débat était vif quant à la véracité du trafic d'armes dans les banlieues. Désormais on sait que par-delà le grand banditisme et les attaques de fourgon blindés à l'arme de guerre, la possession et - désormais - l'utilisation d'armes à feu se constate dans certaines de nos banlieues... pas étonnant que nombre d'habitants y soient effrayés et peu enclins à témoigner devant la justice.

Enfin, la France est désormais confrontée au terrible dilemme qu'ont connu les forces israéliennes de sécurité durant les deux intifadas : comment faire du maintien de l'ordre tout en devant parer à des tirs d'armes à feu issus de personnes mêlées à des manifestants non armés. Les médias français s'en sont donnés à coeur joie dans les territoires palestiniens occupés, dans la dénonciation de la prétendue brutalité excessive de l'armée israélienne.

Confrontées à une situation qui s'en rapproche de plus en plus, que vont faire les autorités de sûreté française ? Laisser les forces de police se faire tirer dessus impunément, au risque de devoir bientôt comptabiliser blessés graves, handicapés ou morts dans les rangs de ces dernières ? Ou bien engager, dans les situations de répression d'émeutes, des tireurs d'élite équipés de balles en caoutchouc afin de neutraliser les porteurs d'armes à feu ?
Par Robert H.
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Jeudi 22 novembre 2007 4 22 /11 /Nov /2007 17:52
L’hôpital est une des structures de travail les plus anciennes qui existent : à l’époque où l’entreprise n’est pas encore un concept et où le travail s’organise sous forme de compagnonnage, se forment les fondements culturels de l’accueil des souffrants dont on peut encore aujourd’hui distinguer les traces dans les structures modernes de l’hôpital public. Héritières des sœurs dévouées aux indigents et aux nécessiteux, les infirmières et les aides-soignantes ont façonné l’organisation de leur activité sur la prise en charge des malades au fil de leur arrivée dans le service.
Cette gestion séquentielle – sans aucun doute indispensable dans de nombreux cas – a déteint sur les autres composantes du travail des soignants : de même qu’on accueille immédiatement un malade en situation d’urgence, on traite l’ensemble des aspects du travail qui, pourtant, pourrait faire l’objet d’une planification. A l’exception de l’urgence médicale, c’est trop fréquemment la règle de la file d’attente inversée qui prévaut dans un service hospitalier : chaque tâche qui se présente venant chasser celles qui étaient en attente de réalisation.
L’organisation séquentielle du travail a pour corollaire une parcellisation excessive des tâches (décrite dans un article disponible sur : http://www.robertholcman.net/documents/articles/orgatravailservicesoin.pdf). Il est souvent tenu pour acquis, et défendu par les personnels eux-mêmes, que le nombre de tâches accomplies par les membres d’un service de soins est déterminé par la nature particulière de leur activité, qui ne pourrait pas se comparer à ce que l’on observe dans d’autres secteurs : en d’autres termes, le rythme et l’organisation de l’activité professionnelle dans les services de soins serait surdéterminée par les interruptions et les actes imprévus consécutifs à l’urgence.
Pourtant, la question reste posée du sens de la causalité : est-ce l’atomisation des composantes de l’activité qui conduit à l’organisation du travail observée ou bien est-ce l’inorganisation du travail qui entraîne sa parcellisation ? En d’autres termes, le nombre de tâches accomplies par les agents correspond-t-il à des activités distinctes ou est-ce – sous l’effet d’un manque de hiérarchisation des missions à accomplir – l’interruption des tâches qui conduit à leur multiplication ?
La particularité du travail en milieu hospitalier vient de la difficulté à identifier les tâches sécables de celles qui ne le sont pas ; la prise en compte séquentielle des activités conduit fréquemment les agents à se saisir des tâches à accomplir au fil de leur arrivée, sans opérer entre elles une hiérarchisation qui permettrait leur découpage et, partant, leur traitement au long de la journée. A ce constat, les agents opposent systématiquement la nature particulière de leur travail, l’obligation de répondre aux demandes du patient, la nécessité d’ajuster le volume et le rythme de leur activité aux exigences de l’état de santé de ceux qu’ils se doivent de soigner.
L’une des explications de cet état de fait provient de la redondance dans l’accomplissement des tâches. Quand on interroge les membres de services de soins, on se rend compte que l’accomplissement de nombreuses tâches est revendiqué par des agents aux métiers pourtant différents. On peut comprendre que certaines activités soient redondantes dès lors qu’elles s’exercent à plusieurs niveaux de compétence ou dans des domaines d’activité différents. Il semble plus difficile, en revanche, de trouver une justification organisationnelle au fait que les tâches de secrétariat, de prise de rendez-vous ou d’accueil du patient soient partagées de la sorte.
Cette atomisation, préjudiciable à l’efficience des tâches accomplies, ne peut trouver son origine que dans une défaillance de l’organisation du travail. Le phénomène est encore plus préoccupant s’agissant des relations avec le patient : la pléthore de personnels déclarant communiquer des informations et répondre aux sollicitations des malades s’assimile à une dispersion de cette tâche pourtant essentielle, c’est là une source d’insécurité et d’angoisse pour les patients et leur famille qui se plaignent souvent du manque d’interlocuteur dans les services.
De même, l’écrit est souvent ressenti par les personnels comme une obligation médico-légale ou comme une nécessité répondant à un souci d’archivage, et pas comme un vecteur privilégié de transmission de l’information. La transmission orale n’est pas sans vertu parce qu’elle autorise une richesse et une expression inaccessibles à l’écrit, mais à condition qu’elle complète un socle de renseignements objectivés dont la diffusion est reproductible et sans déformations. Tout le problème vient, en effet, de la primauté accordée à la transmission orale qui, par-delà sa richesse, est extrêmement subjective, sensible à l’état, à l’humeur et à la disponibilité des agents.
La prépondérance accordée à l’oral contraint les agents des services hospitaliers à reformuler périodiquement les informations qu’ils communiquent et/ou à réitérer les demandes d’informations qu’ils formulent ; une bonne partie de leur temps d’activité professionnelle consiste ainsi à acquérir et, surtout, à vérifier les informations acquises ou transmises – l’information orale étant, en effet, sujette à déformations et à interprétations.
Ces modalités particulières de transmission font de la recherche et de la validation de l’information thérapeutique une quête épuisante. Interrogés, les personnels non médicaux des services de soins décrivent abondamment l’anxiété ressentie à l’égard des justes prescriptions données aux malades, ou des gestes techniques à accomplir. L’inorganisation de la transmission de l’information et sa validation permanente constituent un facteur de stress et d’épuisement pour les agents qui y sont astreints – les personnels soignants se trouvant en l’occurrence en asymétrie d’information vis-à-vis des médecins qui ont l’initiative de la démarche thérapeutique.
L’explication avancée par les personnels à leur sentiment de fatigue et parfois d’épuisement est le manque de personnel ; or, à l’observation, rien ne vient corroborer cette explication. Toute visite dans un service de soins permet au contraire d’infirmer les interprétations fondées sur la nature du travail. C’est plutôt l’incertitude qui absorbe l’énergie des personnels, en grande partie en raison de l’archaïsme des modes d’acquisition et de transmission de l’information qui ont cours dans les services, et que l’importance de la ritualisation investie dans les transmissions orales ne doit pas masquer.
Par Robert H.
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Mardi 20 novembre 2007 2 20 /11 /Nov /2007 09:11
Tout le monde, ou presque, se souvient de ces images terribles d'un enfant palestinien tant bien que mal protégé par son père derrière un fût de béton, subissant des tirs d'armes automatiques jusqu'à en perdre la vie. Ces images, une exclusivité de la chaîne de télévision France 2,  ont été fournies et montés par Charles Enderlin, son correspondant permanent en Israël. Le commentaire de ce dernier mettait explicitement en cause l'armée israélienne, accusée d'avoir délibérément tiré sur Mohamed A-Dura et son père pour les tuer, et expliquait que les images les plus dures n'avaient pas été retenues au montage tant elles étaients choquantes.

Or, depuis plusieurs années, une agence de Presse - la Metula News Agency - remet totalement en question cette version. Dans un court reportage de 13 minutes (http://www.guysen.tv/mena_al_dura.php), elle s'applique à démontrer que non seulement les tirs ne pouvaient pas venir des positions israéliennes, mais plus encore - et surtout, serait-on tenté de dire - les événements qui se sont déroulés ce jour-là au carrefour de Nétzarim forment une manipulation médiatique qui a vocation à entrer dans l'histoire du journalisme.

En d'autres termes, l'enfant ne serait pas mort, et de nombreuses autres simulations - filmées dans ce reportage - tendraient à démontrer que tout était organisé pour monter une telle manipulation.

Là où le problème se corse pour Charles Enderlin, c'est que la démonstration de la Metula News Agency n'est pas invalidée par le fait qu'elle soit clairement pro-israélienne : l'armée israélienne, puis le cabinet du premier ministre israélien se sont désormais emparés de l'affaire, demandant à France 2  la remise d'une copie des rushs soi-disant "insoutenables", et que la justice française est saisie via une plainte en diffamation.

Or Charles Enderlin, et France 2, sont dans l'incapacité de fournir les fameux rushs censés accréditer la thèse défendue dans le reportage incriminé. Les seules images exposées, notamment il y a quelques jours devant la Cour d'appel de Paris, démontrent le caractère chaotique des événements qui se sont déroulés ce jour-là mais ne prouvent rien : ni que c'est l'armée israélienne qui a tiré, ni même que le jeune garçon soit mort.

Cette situation, mise sous le boisseau pour l'instant par les médias français, pourrait s'avérer terrible pour la chaîne publique et son correspondant local : si les affirmations de la Metula News Agency se révèlent fondées, c'est à une manipulation digne de Timisoara que se serait prêté l'un des grands médias français. A suivre...

Par Robert H.
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