Les suites politiques apportées au match amical de football entre la France et la Tunisie, en
particulier les recommandations quant aux réactions que les autorités fédérales devraient avoir en cas de réitération des sifflements de l'hymne national, ont suscité un flot de commentaires
concernant l'impossibilité pratique qu'il y aurait à interrompre un match pour ce motif.
Si l'argument de la sécurité n'est pas à négliger - n'y aurait-il pas danger à faire évacuer des dizaines de milliers de personnes frustrées d'une rencontre attendue et payée ? - il est sans doute
surestimé : les forces de police sont habituées à gérer des match de footbal difficiles, dont on craint les débordements entre groupes de supporters opposés.
Le second argument - cette fois plus spécieux - établit qu'il serait impossible de déterminer quand procéder à l'annulation du match en cas de sifflements au moment où l'on joue la Marseillaise.
Quel critère objectifs choisir ? Le nombre de décibels ? Le nombre de "siffleurs" ? La durée des sifflements ?
En réalité, la question se pose déjà dans le cas d'insultes racistes proférées contre certains joueurs : les arbitres sont désormais habilités à interrompre un match... on leur a suffisamment
reproché - à juste titre - de ne pas le faire quand cela s'est produit. On pourrait dès lors retourné les mêmes arguments : quels critères objectifs choisir en cas d'insultes racistes ? Le nombre
de supporters qui en profèrent ? Leur répétition ? La nature de ces insultes préalablement recensées dont certains entraîneraient l'interruption d'un match et d'autres pas.
Pire encore, les manifestations du racisme dans les stades passent souvent pas des bruits ou des onomatopées : pour insulter des joueurs noirs certains supporters imitent des cris de singe ; les
adversaires du club de l'Ajax d'Amsterdam aux Pays-Bas, quant à eux, imitent le sifflement du gaz entre leurs dents en référence au soutien supposé de la commmunauté juive à ce club. Que faire
alors dans ces cas là ? Comment déterminer que tel cri est censé imiter les cris d'un singe ? Que tel chuintement est une référence abjecte aux chambres à gaz ?
La réponse, s'agissant des insultes racistes qui empuantissent les stades de football, repose sur le bon sens, l'appréciation des arbitres quant au caractère massif et réitéré de ces insultes.
Pourquoi n'en serait-il pas de même s'agissant des sifflements contre l'hymne national français ?
La Marseillaise a donc été une nouvelle fois sifflée, les joueurs de l'équipe de France de football
hués, d'autant conspués qu'ils étaient issus du pays dont la France affrontait la sélection nationale, en l'occurrence la Tunisie. Fait nouveau, le pouvoir politique s'est emparé immédiatement de
l'affaire et a contribué par là à une médiatisation plus marquée que celle qui avait accompagné les sifflements contre la Marseille durant les matchs amicaux contre l'Algérie et le Maroc.
Gesticulation politique ? Et alors ? C'est une forme d'action politique qui a fait ses preuves, qui permet d'adresser un message d'autant plus fort qu'il émane du sommet de l'Etat.
Une fois encore, l'attitude des jeunes Français d'origine tunisienne qui ont offensé l'hymne national a été mis sur le compte d'un sentiment de frustration bien compréhensible, provoqué par les
carences dans l'intégration de populations émigrées du Maghreb.
Sans revenir sur le renversement de la charge de l'effort (de tous temps et en tous lieux, l'immigration a été une souffrance et a appelé des efforts d'adaptation des immigrés), si l'on prend comme
hypothèse que l'insuffisance des efforts faits à destination des populations concernées serait à l'origine de leur intégration inefficiente, on fera deux remarques.
La première remarque pour rappeler qu'il y a dix ans, le discours dominant rapportait les succès de l'intégration à la Française, qui passait tout particulièrement par les "beurettes", censément
motivées par les études, voie d'accès au statut de la femme dans notre pays. La victoire de la France en coupe du monde de football, emmenée par Zinédine Zidane, fils d'immigrés algériens, faisait
annoncer par les plus enthousiastes la naissance d'une génération "black, blanc, beur". Dix ans plus tard, l'émergence de l'association "Ni putes ni soumises", les sifflets contre la Marseillaise,
les émeutes de banlieues, permettent de juger de la pertinence de ce discours.
La deuxième remarque pour s'interroger sur les prétendues ratées de la "machine à intégrer française", si abondamment décriées par les intéressés eux-mêmes. "On ne fait rien pour nous
! ", "On ne fait rien pour nous !", entend on asséner pour justifier la situation actuelle. Mais la question qu'on peut légitimement se poser est : "Qu'a-t-on fait pour les
autres immigrés que l'on ne ferait pas pour ceux originaires du Maghreb ?". Non seulement les immigrés d'origine asiatiques arrivés en France à la même période s'adaptent sans difficultés majeures,
mais l'observation révèle que jamais il n'y a eu autant d'associations pour le soutien des immigrés, pour le droit au logement. Une part importante du contentieux administratif est suscité par ces
associations.
Est-ce vraiment la France qui n'intègre plus ses immigrés, ou bien y a-t-il un problème post-colonial spécifique avec le Maghreb ? Les événements des dix dernières années semblent plutôt confirmer
la seconde explication.
Les commentaires abondants sur la crise financière qu'on traverse à l'automne 2008 portent pour une
bonne part sur la caractère déviant de pratiques financières mises ainsi en lumière. Haro, nous dit-on, sur les financiers pervers qui font de l'argent avec de l'argent, sans que leur activité n'ai
plus aucune connexion avec l'économie "réelle".
En d'autres termes, l'activité financière n'aurait de justification aux yeux des moralistes qu'à condition qu'elle soutienne une "vraie" activité, c'est-à-dire une activité qui conduise au final à
la production de biens matériels, que l'on peut toucher. Sans pousser la cruauté jusqu'à rappeler que l'économie de service est tout aussi utile que l'activité de biens (tout ceux qui ont à aller
chez le dentiste peuvent le confirmer), il convient d'attirer l'attention sur le fait que ce qui est important en économie c'est la production de valeur.
La belle affaire que le monde de la finances internationale développe une activité consistant à s'échanger des valeurs immatérielles dans le temps, l'essentiel est qu'elle produise de la valeur,
qu'elle fasse vivre autour de cette industrie de l'immatériel, qu'elle emploie, qu'elle distribue des revenus.
Si, en effet, on devait porter l'anathème sur toutes les activités économiques qui ne correspondent pas aux critères à partir desquelles on voue la finance aux gémonies, il faudrait alors se
pencher sur les coach, les coach vêtements, les multiples conseillers en tout et en n'importe quoi, les agences dont l'unique activité est de mettre en relation deux parties, les commentateurs, la
presse pourquoi pas... que fait donc la presse si ce n'est produire une matière périssable renouvellée chaque jour ? Un flot d'information dont le monde s'est passé pendant des lustres.
Ce n'est pas au motif que l'on traverse une crise profonde qu'il faut se mettre à rejetter tout ce qui contribue depuis longtemps maintenant à notre confort économique.
L'élection présidentielle aux Etats-Unis est loin d'être jouée, on pourrait assister à une surprise
tonitruante au moment du dépouillement des résultats.
Alors que les commentateurs français semblent tenir pour acquis que l'avantage pris par Barak Obama
sur John McCaindans dans les sondages préfigure le succès du candidat démocrate, on peut au contraire y voir un risque potentiel très important pour ce dernier.
La candidature d'Obama suscite beaucoup de réticences, et pas seulement - loin de là - en raison de la
couleur de sa peau, même si cet élément de contexte n'est pas négligeable. Pour s'en convaincre, essayons de songer à ce que la candidature de Colin Powell ou celle de Condoleezza Rice auraient
suscité... la couleur de leur peau aurait sans doute fait débat, mais un consensus se serait dégagé quant à leurs compétences et leur aptitude pour le poste convoité.
S'agissant d'Obama, les réticences portent sans aucun doute sur la couleur de sa peau, mais aussi
(surtout ?) sur son inexpérience et la caractère inquiétant de son positionnement politique : le manque de précision de son discours de candidat tranche singulièrement avec ses prises de position
marquées et l'orientation de son réseau relationnel d'avant candidature.
C'est la raison pour laquelle sa confortable avance dans les sondages pourrait paradoxalement lui
faire beaucoup de tort. Pas chez ceux qui n'avaient pas l'intention de voter pour lui : au contraire, cette prédiction de succès pourrait mobiliser l'électorat républicain
convaincu.
En revanche, chez les démocrates nostalgiques de la candidature Clinton, chez les indécis, et tous
ceux agacés par sa candidature sans oser l'avouer publiquement, la quasi certitude de son élection pourrait former le prétexte à ne pas voter pour lui. Certains électeurs pourtant prédisposés à
voter démocrate pourraient se dire : "De toutes façons il va être élu, si je ne vote pas pour lui ce n'est pas grave".
Cette posture dans la course à l'élection pourrait - il ne faut pas se le cacher non plus - donner la
même "bonne" raison aux racistes de ne pas voter pour un noir.
L'engagement de l'acteur de cinéma Richard Gere en faveur du Tibet ne date pas d'hier et ne s'est jamais démenti. Objet de sarcasmes et de
doutes quant aux raisons qui l'ont conduit à mettre son influence supposée au service de cette cause, Richard Gere en est venu à susciter le respect sous l'effet de la prise de conscience de
l'oppression et de l'impérialisme chinois.
C'est ce qui rend d'autant plus surprenant la publicité télévisée pour une marque d'automobile qui le
met en scène dans un décor tibétain, comme si son engagement politique formait désormais un argument de vente. Si c'est bien le cas, on ne peut qu'être estomaqué par le cynisme qui présiderait à
ce comportement... sauf à imaginer que Richard Gere reverse les revenus tirés de ce contrat à la cause tibétaine, mais on se demanderait bien comment et à qui...
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