Jeudi 16 juin 2011 4 16 /06 /Juin /2011 17:17

Le débat relancé par le rapport de Daniel Vaillant recommandant la légalisation du canabis n'est ni indigne ni incongru. Les arguments avancés par les partisans et les opposants de la légalisation sont à prendre en compte parce qu'ils sont souvent pertinents, même s'ils activent puissamment le clivage droite/gauche en suscitant chez les uns le désir presque réflexif  d'autoriser ce qui est interdit et, chez les autres, d'interdire ce qui contrevient aux bonnes moeurs.

 

Ce débat n'est pas récent, Francis Caballero, avocat, avait déjà avancé l'ensemble des éléments contenus dans le rapport Vaillant et les avaient formalisés dans un ouvrage paru en 1989 aux éditions Dalloz sous le titre : " Droit de la drogue ". L'argument de fond des partisans de la légalisation est que, à l'instar de la prohibition de l'alcool aux Etats-Unis, la pénalisation de la culture et de la consommation du canabis n'empêche en rien son usage mais n'a comme effet que de susciter une délinquance massive autour de son trafic. Cette idée n'est pas à écarter d'un revers de la main, elle a son sens et sa pertinence. Sans aucun doute, c'est bien parce que l'usage du canabis est interdit que ce dernier a un niveau de prix qui rend extrêment rentable son exploitation illicite ; dépénalisé, le canabis devrait devenir abondant et libre, et par conséquent son prix baisser, entraînant l'éradication des mafias qui en vivent.

 

Inversement, les arguments des contempteurs de la légalisation sont tout aussi pertinents, notamment le risque de développement de la consommation en contradiction avec les préoccupations de santé publique, et le besoin de transgression qui se reporterait sur d'autres stupéfiants.

 

Le point qui n'est pas pris en compte jusqu'à maintenant dans ce débat est la structure de marché des stupéfiants. Il n'est pas judicieux - en l'état actuel du débat - de prendre exemple sur les marchés du tabac et de l'alcool pour essayer de démontrer que la légalisation du canabis banaliserait sa consommation à l'image de ces deux types de produits en vente libre. La grande différence vient du choix intégral des produits tabagiques et alcoolisés. Tout consommateur a à sa disposition l'ensemble de la gamme existante, et pas un produit unique. Entrer dans un bureau de tabac c'est avoir en un regard tout ce qui peut être fumé ; se rendre dans n'importe supermarché permet de voir s'étaler sur d'immenses rayonnages tout ce qui peut être bu.

 

Par conséquent, légaliser un seul stupéfiant pourrait aboutir à reporter sur d'autres produits les dérives actuellement dénoncées s'agissant du canabis. Tout particulièrement, les mafias et les bandes qui vivent du trafic de canabis sont des entreprises parfaitement structurées d'approvisionnement, de revente et de distribution. Il serait fort surprenant qu'un marché s'effondrant, elles ne se comportent pas comme des entreprises traditionnelles en se reportant sur des produits plus porteurs qu'elles s'appliqueraient à faire connaître et à promouvoir auprès des consommateurs de canabis.

 

Au surplus, rien ne dit que la fixation du niveau des prix du canabis ne finirait pas par susciter une contrebande : les campagnes de santé publique qui visent le tabac l'intégreraient et jouerait donc sur le prix, l'un des rares éléments dissuasif pour les consommateurs.

 

Au final il est à se demander si le vrai débat n'est pas celui - à l'image de celui qui a affecté la consommation de tabac et d'alcool - qui concerne la légalisation de l'ensemble des stupéfiants.

Par Robert H.
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Mardi 14 juin 2011 2 14 /06 /Juin /2011 12:00

La sortie de Jacques Chirac quant à son intention de voter pour François Hollande lors de la prochaine élection présidentielle n'a rien de surprenant et est, au contraire, tout à fait cohérente avec la situation qui prévaut depuis l'élection de Nicolas Sarkozy en 2007.

 

Affirmer que Chirac ne fait plus de politique depuis la fin de son mandat est une contre-vérité dont la présence, pour ne pas dire l'omni-présence, médiatique de Dominique de Villepin atteste régulièrement.

 

Ce dernier, qui ne représente strictement rien d'un point de vue politique, n'a jamais eu de mandat représentatif, ne pèse donc d'aucun poids électoral, se voit pourtant régulièrement invité à donner son sentiment dans les plus grands médias - notamment audiovisuels aux heures de grande écoute.

 

Pourquoi si ce n'est parce que chacun sait qu'il répercute la parole de Jacques Chirac qui s'est engagé - mais pourrait-il faire autrement ? Il n'est que de voir la polémique qui suit son refus de voter pour le candidat de son camp - à ne pas commenter l'action de son successeur ?

 

Dominique de Villepin cessera d'être visible médiatiquement le jour où Jacques Chirac aura disparu.

 

Par Robert H.
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Mardi 26 avril 2011 2 26 /04 /Avr /2011 12:08

L'achèvement prochain d'un système de boucliers anti-missiles par Israël est peut-être en train de révolutionner, sans bruit, la donne au Proche-Orient, au Moyen-Orient... et au-delà.

 

De nombreux pays, tout particulièrement européens, avancaient la nécessité d'une solution négociée en ce qui concerne l'aspiration de l'Iran à se doter de l'arme atomique, en tenant pour acquis - avec un cynisme et une certaine lâcheté - qu'au seuil du véritable danger, l'armée israélienne interviendrait et règlerait la question. Ces pays en seraient quitte pour quelques protestations, une condamnation d'Israël, et - en toute discrétion - un énorme soupir de soulagement.

 

Or il semblerait qu'Israël soit en passe de réaliser ce qu'aucun autre pays n'a fait jusqu'à maintenant, sanctuariser son territoire contre toutes les formes de missiles sol-sol, quelle que soit leur charge et quelle que soit la distance à laquelle ils sont tirés. En d'autres termes, qu'ils viennent de Gaza, du sud-Liban, d'Iran ou d'ailleurs, les missiles seraient interceptés - sans doute, s'agissant de l'Iran, très peu de temps après leur lancement, c'est-à-dire au-dessus du territoire du pays agresseur.

 

Israël mettrait à profit ce qui a toujours été son handicap en termes de profondeur stratégique : l'étroitesse de son territoire. Il est plus aisé de défendre un espace restreint que de se doter d'un dispositif anti-missiles sur un territoire aussi vaste que l'Europe, les Etats-Unis, la Russie ou la Chine.

 

Si une telle situation devait advenir, la "carte" israélienne  n'aurait plus cours, l'armée israélienne ne pourrait plus être vue comme un recours ultime : on ne voit pas en quoi cette dernière interviendrait en Iran pour éviter que des missiles porteurs de charges nucléaires menacent l'Europe, des Etats arabes ou des bases américaines, dès lors que le territoire israélien serait mis à l'abri de ce danger. Les partisans proclamés du statut quo, des solutions négociés à n'en plus finir qui, d'ultimatums en ultimatums non respectés, laissent le temps à l'Iran de parvenir à ses fins, se trouveraient brusquement confrontés aux conséquences de leur posture, au premier chef la menace de leur propre territoire.

 

Le second enseignement à tirer de la sanctuarisation du teritoire israélien est que ce bouclier anti-missiles ne pourrait pas se limiter au territoire hébreu stricto sensu. Si l'on prend comme hypothèse la possibilité d'emplois d'armes non conventionnelles (bactériologiques, chimiques, nucléaires), compte tenu de l'exiguité du territoire israélien, il n'est pas envisageable qu'une charge puisse frapper un pays limitrophe, et donc très proche. L'ironie serait donc que le bouclier anti-missiles d'Israël devrait protéger également ses voisins : pays/territoires amis ou neutres (Egypte, Jordanie, Cisjordanie), et d'autres ennemis déclarés (Gaza, Syrie, Liban). En d'autres termes, la protection d'Israël s'étendrait (s'étendra ?) à ses plus farouches adversaires cependant que les pays arabes les plus hostiles à l'Iran, ainsi que l'Europe, se trouveraient exposés à la menace d'une arme atomique perse.

Par Robert H.
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Jeudi 24 février 2011 4 24 /02 /Fév /2011 11:25

Les révoltes qui secouent actuellement certains pays arabes ont donné le coup de grâce à une antienne qui prévalait dans nombre de chancelleries occidentales, et jusqu'au plus haut sommet de l'Etat américain : à savoir que les rapports d'Israël avec ses voisins - tout particulièrement les Palestiniens - formerait l'alpha et l'omega de la vie politique et sociale du Proche et du Moyen-Orient. Rien de ce qui existerait politiquement, les rapports sociaux, les prises de position, la montée de l'islamisme radical, rien donc ne pourrait être abordé indépendamment du rôle d'Israël. Par voie de conséquence, la priorité - nous affirmait-on - devait être de réduire le conflit israélo-arabe, israélo-palestinien suivant les interprétations. C'était l'un des axes prioritaires de la présidence Obama : contraindre Israël à conclure un accord de paix avec les Palestiniens, quelqu'en soit le coût ou les risques.

 

Or ce que démontrent les révoltes en cours, c'est que la structuration politique et sociale des pays concernés n'a rien à voir avec l'existence d'Israël. Ce n'est pas en opposition ni même en référence à l'Etat juif que s'inscrivent les soulèvements des populations.

 

En revanche, les formes de leadership qui pourraient émerger à la suite de ces révoltes impactent eux fortement la situation moyen-orientale, et même au-delà. Ainsi la décision de l'Egypte de laisser deux navires de guerre iraniens transiter par le canal de Suez à destination d'un port syrien pourrait être le signe annonciateur d'un renversement de posture d'un des pays les plus stables du monde arabe. 

 

L'enjeu est de taille : à l'instar de ce que l'on observe dans tous les processus révolutionnaires, il est fort probable que ce ne seront pas des représentants des émeutiers qui accèderont au pouvoir mais sûrement les forces les plus organisées, à savoir les mouvements islamiques plus ou moins radicaux. En d'autres termes, dans le meilleur des cas  - d'un point de vue géopolitique - les pouvoirs resteront inchangés ; dans tous les autres cas de figure il est fort probable que l'on assistera à une tension régionale, plus ou moins forte suivant le positionnement des nouveaux pouvoirs arabes à l'égard d'Israël.

 

 

Par Robert H.
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Jeudi 3 février 2011 4 03 /02 /Fév /2011 12:02

L'élection de Barack Obama à la présidence des Etats-Unis d'Amérique a suscité un flot de commentaires prédictifs, les uns lui promettant une place dans l'histoire digne de John Fitzgerald Kennedy (fin tragique mise à part), les autres avertissant qu'il se réservait une présidence à la Jimmy Carter, marquée par un recul sans précédent de l'influence américaine dans le monde.

 

Force est de constater que le président américain a, dès le début de son mandat, fait l'objet d'une hagiographie dont le point d'orgue fut l'attribution du prix Nobel de la paix. Quoiqu'il réussisse ou qu'il échoue, Obama est d'ores et déjà entré dans l'histoire.

 

Cela ne dispense pas pour autant d'observer sa présidence en cours, tout particulièrement à la lumière de celle de Jimmy Carter, tant les similitudes géopolitiques sont saisissantes.

 

Barack Obama s'est donné comme mission fondamentale de sa présidence le rapprochement avec le monde arabe, exprimé spectaculairement dans son discours du Caire du 4 juin 2009, et dans la pression mise sur Israël pour l'obtention de concession destinées, selon lui, à finaliser un accord de paix entre Palestiniens et Israéliens.

 

Or, si sa présidence est marquée par les soulèvements iraniens, tunisiens, et maintenant égyptiens, on doit constater que la dictature iranienne est toujours en place, menacant au premier chef les régimes arabes modérés, et que - au contraire - deux régimes parmi les plus stables du monde arabe, la Tunisie et l'Egypte, sont en proie à une agitation politique et sociale dont nul ne peut prédire les développements.

 

Rappelons que l'instauration d'une théocratie en Iran s'est faite à partir d'une révolution populaire qui a renversé le Chah, à la fois dictateur et promoteur d'une modernité pour son pays ; surtout, cette révolution s'est opérée sous la présidence de Jimmy Carter qui avait fait des droits de l'homme et de la promotion de la démocratie son cheval de bataille.

 

Renversement d'un dictateur, promotion de la démocratie, accession d'islamistes radicaux au pouvoir... espérons que le précédent iranien, accompli sous une présidence inspirée par une idéologie similaire à celle de Barack Obama, ne conduise pas - au moins s'agissant de l'Egypte - au même résultat.

 

La menace iranienne, toujours présente, conjuguée à la prise de contrôle de facto du Liban par le Hezbollah, et à l'éventuelle accession des Frères musulmans au pouvoir en Egypte, formerait une menace sans précédent pour la paix du monde.

Par Robert H.
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