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10 mars 2008 1 10 /03 /mars /2008 13:38

La cote de popularité de Nicolas Sarkozy a à ce point chuté que l'ensemble des commentaires actuels portent sur la maladresse du président nouvellement élu, dont les errements des prises de positions et l'étalage de sa vie privée ont finit par brouiller le message politique.

Le décalage entre l'habilité du candidat et la maladresse de l'élu est tel qu'on est droit de se demander si - à rebours d'une quelconque malhabilité - le style de présidence de Nicolas Sarkozy ne relèverait pas d'une suprême habilité tactique.

En dépit du battage médiatique dont il s'est entouré, force est de constater que le corps de réformes engagés par son gouvernement est sans précédent, dans sa portée et dans la brièveté de sa mise en oeuvre. Or, à part la grève des services de transport consécutive à la réforme des retraites des régimes spéciaux, ces profondes réformes ne suscitent que peu de remous eu égard à ce qu'on pouvait en attendre.

Peut-être que cette absence de réaction est la résultante de la focalisation sur la privée du chef de l'Etat. Et si le "bruit" médiatique que s'applique à mettre en oeuvre le président de la République n'était là que pour faire écran au train de réformes qu'il fait mettre en oeuvre par son gouvernement ? Et si Nicolas Sarkozy était à ce point habile de focaliser sur sa personne le gisement de ressentiment que les médias peuvent véhiculer, ou répercuter ? Peut-être au fond qu'il considèrait que c'était le seul moyen de faire passer des réformes qui, dans un autre contexte, aurait mobiliser le ban et l'arrière ban du battage médiatique habituel.

L'avenir proche nous dira si Nicolas Sarkozy n'est pas encore plus habile qu'on ne pouvait le supposer.

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27 février 2008 3 27 /02 /février /2008 16:00

La vague d'enthousiasme qui saisit les élites françaises à l'égard de Barak Obama, candidat à la candidature du parti démocrate américain pour la prochaine élection présidentielle, conduit certains commentateurs à le comparer à John Kennedy.

Cette comparaison - summum des compliments sous la plume de certains journalistes français - tient pour acquis que Kennedy aurait été un grand président, un modèle pour ses successeurs américains, et bien au-delà dans le monde, tant son action demeure exemplaire. A bien y regarder, on s'aperçoit que la crise des missiles de Cuba a l'occasion d'un défaite stratégique importante des Etats-Unis, contraint de retirer leurs missiles du territoire turc. Quant aux réformes sociales que Kennedy s'était engagé à mener, sa maladresse et son manque d'habilité politique (et non pas l'interruption dramatique de sa présidence) qui a fait que c'est son successeur, Lyndon Johnson, qui s'est chargé de les mettre en oeuvre. Seul l'enthousiasme suscité, donc, unit les deux hommes.
 
Ce qui est à craindre, c'est que par delà le succès d'estime rencontré par le sénateur Obama dans la course à la Maison-Blanche, le catalogue de bons sentiments - qui semble lui tenir lieu de programme politique - ne soit qu'une redite des errements de Jimmy Carter, dont le passage à la présidence des Etats-Unis aura été concomitant d'un recul de l'influence américaine : prise d'otage à l'ambassade américaine à Téhéran ; envahissement de l'Aghanistan par l'URSS.

La situation internationale extrêmement tendue réclame à la tête de la première puissance mondiale, un(e) leader expérimenté(e), à même de faire prévaloir force et diplomatie. Ce serait faire courir un bien grand risque à notre civilisation et à notre mode de vie que de passer de huit ans de présidence Bush, président faible, à une présidence américaine déclamatoire et impuissante.

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27 février 2008 3 27 /02 /février /2008 15:46

Les insultes proférées par Nicolas Sarkozy, le président de la République, à l'encontre d'un passant au salon de l'agriculture, ont soulevé un tollé. On peut en effet s'interroger sur la compatibilité d'un langage de charretier avec la fonction présidentielle, a fortiori quand le titulaire actuelle fonde une partie de son discours sur un retour aux valeurs, à la morale, au respect.

Certains commentaires ont toutefois frisé la malhonnêteté intellectuelle. Affirmer, comme certains l'ont fait, qu'un tel excès de langage n'avait jamais été constaté à ce niveau de l'Etat relève soit de la mauvaise foi, soit de l'incompétence historique - deux défauts problématiques chez les journalistes.

Sans même parler du langage ordurier que Dominique de Villepin semble (selon certains commentaires, certes) affectionner, faut-il rappeller les propos de Jacques Chirac, alors premier ministre, à l'encontre de Margaret Thatcher ? A la fin d'un "marathon" européen à Bruxelles, alors que cette dernière avait arraché nombre de concessions à ses partenaires européens tout en demeurant exigeante, Jacques Chirac s'était écrié : "Et qu'est-ce qu'elle veut en plus ? Mes couilles sur un plateau ?", provoquant un scandale outre-manche.

Mais, s'agissant de Chirac, ces écarts de langage sont considérés avec bonhomie, presque affection ; chez Sarkozy, ils seraient la marque d'un profond déséquilibre psychologique. Cette différence de traitement devrait appeller une réflexion profonde de la part de cet homme politique d'expérience quant à son image.

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25 février 2008 1 25 /02 /février /2008 09:27
L’hôpital public français est supposé manquer cruellement de personnel. Commentaires, témoignages, images télévisées, s’accordent à dénoncer une situation où l’insuffisance de la main-d’œuvre hospitalière non seulement dégrade les conditions de travail mais viendrait à compromettre la qualité des soins dispensés. Or l’analyse des dotations en personnel des hôpitaux français ne corrobore pas ce sentiment – en particulier comparativement à l’emploi dans les hôpitaux des principaux pays industrialisés.

La question du personnel dans les hôpitaux ne doit pas se limiter à l’analyse partielle de quelques professions emblématiques, mais doit incorporer l’estimation du nombre d’établissements disséminés sur le territoire national, et l’analyse du champ des compétences employées dans les établissements publics de santé – qui dépasse de très loin les métiers et les professions qui relèvent du soin. De même, le décalage sans cesse croissant entre l’appartenance professionnelle « nominale » et l’appartenance professionnelle réelle – qui met en lumière la prédominance de la fonction dans l’analyse des dotations en personnel – conduit à s’interroger sur ce qu’est réellement un métier ou une profession de soin. Quand on se penche sur la question des dotations en personnel des hôpitaux, c’est bien le nombre de personnels affectés réellement à la prise en charge des patients qui est déterminant.

Ainsi, la France compte 1,2 million d’emplois dans ses hôpitaux, soit autant qu’en Allemagne, alors que ce dernier pays a 20 millions d’habitants et 250 000 lits hospitaliers de plus. En dépit de ce nombre important de salariés dans ses hôpitaux, la France
apparaît paradoxalement comme un pays pauvrement doté en personnels de soins : l’effectif moyen par lit des personnels de soins aigus est de 1,64 personne par lit en France, contre 2,03 en Allemagne, 3,07 en Italie, 3,57 en Espagne et 6,5 au Royaume-Uni. La situation est tout aussi préoccupante s’agissant des personnels infirmiers : l’effectif moyen en France est de 0,56 personne par lit, contre : 0,75 en Allemagne ; 1,36 en Italie ; 1,68 en Espagne ; 1,8 au Royaume-Uni. L’explication se trouve dans la dispersion excessive des personnels de soins entre un nombre particulièrement élevé de structures de santé.

La France compte, en effet, 450 000 lits d’hôpitaux – soit davantage que le Royaume-Uni et que l’Italie, avec 240 000 lits environ, mais nettement moins que l’Allemagne, dont les 700 000 lits s’expliquent pour partie par sa population de 80 millions d’habitants contre 60 millions pour la France. Si l’on raisonne par rapport à la population, l’Allemagne dispose de 8,6 lits par millier d’habitants contre 7,5 pour la France
et 4,1 au Royaume-Uni.

Tous secteurs (public, privé lucratif et privé non lucratif) et toutes activités confondus, la France
compte 2 900 établissements de santé, alors qu’on en recense 3 500 en l’Allemagne, 1 400 au Royaume-Uni et 1 300 en Italie. Rapportés à la population de chaque pays, ces chiffres sont encore plus saisissants : il y a 4,8 établissements pour 100 000 habitants en France, contre 4,2 en Allemagne, 2,3 au Royaume-Uni et 2,2 en Italie. Si l’on circonscrit l’analyse aux hôpitaux, on constate que 54 % d’entre eux sont équipés de moins de 200 lits, 77 % ont moins de 400 lits, 16 % disposent de 400 à 800 lits, et 7 % sont dotés de plus de 800 lits. L’offre hospitalière française est donc non seulement atomisée, mais aussi concentrée sur de petits et très petits hôpitaux.

La première conséquence de cette situation est que la France
consacre davantage de moyens aux dépenses de soins en milieu hospitalier : 6 % de son produit intérieur brut, contre 3,8 % en Allemagne et 3,4 % en Italie. Cela s’explique en grande partie par le nombre élevé des emplois hospitaliers, lui-même rendu nécessaire par la multiplication des structures de soins sur le territoire national.

La dotation relative en personnel des établissements publics de santé ne doit donc pas s’évaluer exclusivement au niveau local, mais doit surtout être interprété comme le symptôme de la dispersion préoccupante des moyens sanitaires hospitaliers entre un nombre trop élevé d’établissements, au demeurant d’une taille trop réduite. C’était d’ailleurs les conclusions du rapport Vallancien (consultable sur http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/064000350/0000.pdf
), qui recommandait la fermeture d’une centaine de blocs opératoires en France, au motif d’un manque d’activité et des risques induits en termes de déqualification des praticiens.

Pour des développements plus complets sur ce sujet, on peut utilement se référer à l’article de Robert Holcman intitulé : « L’hôpital manque-t-il réellement de personnel ? », publié dans le numéro de septembre-octobre 2007 du Journal d’Economie médicale (Vol. 25, n° 5-6, p. 307-317).
 
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31 janvier 2008 4 31 /01 /janvier /2008 19:03
Nicolas Sarkozy, qu'on pensait pourtant faire partie du cercle restreint des maîtres en communication politique, a dilapidé sans vergogne le capital d'image que sa campagne électorale lui avait valu.

Son action à la tête de l'Etat n'est-elle pas conforme à ses engagements ? Fait-il preuve d'immobilisme ? La réponse est non. Bien au contraire, son action en politique étrangère replace la France dans le concert des grandes nations au niveau international.

En dépit de cette entrée en matière objectivement réussie, ses frasques sentimentales, leur influence sur sa manière de présider, le luxe ostentatoire dont il a fait preuve, sont payés à prix extrêmement élevé en termes d'image. Cette déficit de crédibilité sera lourd à effacer.
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19 janvier 2008 6 19 /01 /janvier /2008 16:26

Jusqu’en 1983, le financement des hôpitaux était à l’abri de la rationalité budgétaire, puisque calculé sur la base du système dit « au prix de journée ». Ce mécanisme de financement était fondé sur la fixation par le préfet du prix de chaque journée d’hospitalisation pour l’établissement considéré, en rapportant les charges inscrites à son budget prévisionnel au nombre anticipé de journées d’hospitalisation.

Les charges des établissements étant en majeure partie constituées de frais fixes (le coût du personnel pèse pour près des trois-quarts de leurs dépenses), l’intérêt des directions d’hôpitaux était de sous-estimer le nombre de journées d’hospitalisation de façon à faire augmenter le prix de journée. Par la suite, tout était mis en œuvre pour optimiser l’occupation des lits de l’établissement et, ainsi, d’accroître les recettes de l’établissement. Les budgets hospitaliers étaient dès lors inflationnistes parce que calculés, en réalité, sur la base d’une constatation ex-post des dépenses engagées.

La mise en œuvre du financement par dotation globale, en 1983, répondait à un double objectif : contrôler l’accroissement des dépenses hospitalières et introduire dans les hôpitaux une réflexion quant à la meilleure utilisation des fonds attribués en une incitation à la productivité. Ce mode de financement concernait les établissements publics de santé, les établissements privés à but non lucratif – participant au service public hospitalier ou n’y participant pas, mais ayant néanmoins fait le choix de ce mode de financement.

La dotation globale était une enveloppe budgétaire fermée, attribuée mensuellement, qui représentait environ les trois-quarts des dépenses totales des établissements concernés. Les établissements publics de santé sont donc passés d’un budget ouvert de facto à un budget fermé, défini en début d’exercice budgétaire ; en d’autres termes, l’hôpital a été, pour la première fois, confronté aux règles de l’économie et, en premier lieu, à la rareté.

La réforme du mode de financement des hôpitaux a transformé l’organisation support en organisation dirigeante. La raréfaction des moyens budgétaires a contraint les établissement de santé à la performance et, par voie de conséquence, a considérablement accru le pouvoir des administrateurs par le double mouvement d’accroissement de leur zone d’incertitude vis-à-vis des personnels soignants – notamment médicaux – et par leur mise en situation de réducteurs de l’incertitude de l’organisation confrontée à son nouvel environnement.

Dès lors que le financement des hôpitaux s’est raréfié, les gestionnaires de ce financement se voient accorder une valeur nouvelle et accrue. La gestion de l’abondance n’exige pas un niveau de qualification élevé ; en revanche, affronter la rareté réclame une formation, une expérience et un réseau de relations. Ce qui a transformé l’organisation support en organisation dirigeante, c’est non seulement la position renforcée des administrateurs hospitaliers, formés à la gestion de la rareté, mais également l’importance prise par l’environnement de l’hôpital. L’introduction du financement par dotation globale a placé les directeurs dans la situation d’intercesseurs vis-à-vis d’une nouvelle incertitude qu’ils étaient bien plus capables de contrôler que les professionnels des hôpitaux : la rareté budgétaire en a fait des experts, les a professionnalisés aux yeux mêmes des professionnels.

Par leur formation, les administrateurs d’hôpitaux sont les mieux à même de gérer l’incertitude budgétaire introduite par la réforme de 1983 ; à ce titre, ils se trouvent installés dans une position de pouvoir vis-à-vis de l’organisation soignante.

L’organisation soignante a réagi en refusant la domination de l’organisation dirigeante parce que les priorités de cette dernière ne sont pas les mêmes que les siennes, et l’accroissement de la zone d’incertitude autour des services de soins est l’instrument de ce rejet. Dans ce contexte, les modalités d’accomplissement du travail des personnels de soins deviennent un facteur d’incertitude pour l’organisation dirigeante : l’opacité de l’organisation du travail dans les services de soins est un facteur de pouvoir. L’originalité de la lutte de pouvoir dans les hôpitaux est que le refus de la domination bureaucratique de l’organisation dirigeante par l’organisation soignante s’adosse à une forte composante de légitimité externe. La tentation existe dans les services de soins de mettre en œuvre une « Autogestion clandestine ».

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8 janvier 2008 2 08 /01 /janvier /2008 12:08

Le corollaire de l'abolition de la peine de mort devait être l'instauration de la prison dite "à vie". Or le débat actuel sur la légitimité et la pertinence de l'infliction d'une interdiction de libération aux détenus les plus dangereux démontre affreusement que cette question n'a pas été réglée.

En  France la prison à perpétuité n'existe pas, seule une peine incompressible peut être infligée par un tribunal, la période dite "de sûreté" ne pouvant excéder 30 ans. En d'autres termes, la condamnation la plus lourde en France est de 30 ans de prison. C'est beaucoup, mais cela signifie aussi qu'une personne de 20 ans ayant encouru cette peine, considérée donc comme particulièrement dangereuse sort de prison à l'âge de 50 ans - 60 ans si elle a été condamnée à l'âge de 30 ans.

L'absence de perpétuité, et les conséquences dramatiques qu'elle provoque parfois, conduit donc à envisager d'interdire d'être libéré à des prisonniers ayant purgé leur peine. Nous sommes donc dans une situation où, ayant refusé de voter une peine réelle de perpétuité (appliquée par un jury, lors d'un procès d'assises), on envisage de priver administrativement de liberté des détenus jugés particulièrement dangereux et nécessitant des soins psychiatriques.

Si l'on considère ces détenus comme devant recevoir des soins, pourquoi leur infliger une peine de prison ? Ce qui transparaît en effet en filigrane de ce débat, c'est bien celui sur la responsabilité pénale. Pour louables que soient les motifs de l'instauration d'une rétention de sûreté, cette mesure met cruellement en lumière les approximations de la justice - donc de la loi - dans notre pays quant à la prise en charge, la punition et la prévention de la récidive chez les criminels les plus dangereux.

Il aurait été sans doute plus simple d'instaurer une vraie peine de perpétuité, dès lors que l'on considère que la dangerosité de certains individus ne décroît pas avec le temps.

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28 décembre 2007 5 28 /12 /décembre /2007 18:28
Le style d'exercice du pouvoir adopté par le nouveau président, Nicolas Sarkozy, fait couler beaucoup d'encre, et suscite de nombreux commentaires pas toujours dénués de pertinence quant au risque de galvauder la fonction qu'il occupe.

Il est pourtant une conséquence éventuelle qui n'est bizarrement jamais évoquée, celle liée au rôle central du président de la République dans la dissuasion nucléaire française.

La théorie de la dissuasion à laquelle est adossée la force de frappe nucléaire de l'armée française se fonde sur trois éléments : le gain éventuellement obtenu par l'agresseur (la différence entre l'état final après l'agression et le statu quo comme indiqué dans l'encadré ci-dessous) ; le coût de l'agression infligé en retour à l'éventuel agresseur par le biais de l'arme nucléaire ; et la probabilité d'emploi de cette dernière.

L’équation de la dissuasion
 
Vef – Vsq < PC
Vef : valeur de l’état final après agression.
Vsq : valeur du statu quo avant l’agression.
C : pénalité infligée à l’agresseur par l’agressé.
P : probabilité que cette pénalité soit effectivement infligée.


En d'autres termes, toute la dissuasion nucléaire est bâtie sur la conviction qu'ont les adversaires de la France que le chef de l'Etat serait décidé à l'employer si nécessaire. On dit que le président Pompidou, personnellement opposé à la peine de mort, s'était donné pour principe de ne pas accorder de grâce aux condamnés justement pour accréditer sa capacité à prendre des décisions lourdes. De même, dans son discours prononcé en janvier 2006 durant sa visite aux forces aériennes, océaniques et stratégiques basées à l'Ile-Longue, Jacques Chirac a-t-il averti que l'intention de certains groupes de s'attaquer à la France par des armes non conventionnelles pouvait provoquer une frappe nucléaire préventive sur les Etats qui les soutiendraient.

C'est dans cette perspective que le style de la présidence de Nicolas Sarkozy pose question : quelle crédibilité accorder à un chef d'Etat dont l'image - à tort ou à raison - s'établit sur le marivaudage, les histoires de coeur et les croisières de milliardaires ? C'est peut-être injuste, parce qu'une des qualités du nouveau président semble justement sa capacité à prendre des décisions, mais c'est ainsi. Projeter une image de force, c'est souvent prendre l'assurance de ne pas devoir se servir de cette dernière ; une image de faiblesse, même si ce n'est qu'un image, est toujours à la source de grands maux en politique internationale.

N'oublions pas que la faiblesse du président américain Carter est concomitante de la prise d'otage à l'ambassade américaine à Téhéran et de l'invasion de l'Afghanistan par l'URSS, et que les attentats du 11 septembre 2001 se sont déroulés sous la présidence de Georges Bush junior, qui ne passe pas pour le président américain le mieux élu, le plus décidé et le plus compétent.
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28 novembre 2007 3 28 /11 /novembre /2007 17:15
Les violences provoquées par la mort de deux jeunes gens à Villiers-le-Bel appellent plusieurs remarques.

La première est que le prix de la vie n'est - semble-t-il - pas le même sur le territoire national. La mort de deux jeunes garçons en banlieue dite "difficile" ou "en difficulté" (selon les points de vue), aussi dramatique et insoutenable pour les parents fût-elle, soulève une explosion formidable de violence, cependant que d'autres accidents mortels dans des parties plus calmes du territoire national font à peine la couverture des journaux locaux.

En second lieu, les tirs dont les forces de police ont fait l'objet viennent apporter une conclusion à la polémique qui a agité le landerneau médiatique il y a quelques années. Reportages de TF1 contre débats ironiques à (feu) Arrêt sur images sur la 5ème chaîne de télé, le débat était vif quant à la véracité du trafic d'armes dans les banlieues. Désormais on sait que par-delà le grand banditisme et les attaques de fourgon blindés à l'arme de guerre, la possession et - désormais - l'utilisation d'armes à feu se constate dans certaines de nos banlieues... pas étonnant que nombre d'habitants y soient effrayés et peu enclins à témoigner devant la justice.

Enfin, la France est désormais confrontée au terrible dilemme qu'ont connu les forces israéliennes de sécurité durant les deux intifadas : comment faire du maintien de l'ordre tout en devant parer à des tirs d'armes à feu issus de personnes mêlées à des manifestants non armés. Les médias français s'en sont donnés à coeur joie dans les territoires palestiniens occupés, dans la dénonciation de la prétendue brutalité excessive de l'armée israélienne.

Confrontées à une situation qui s'en rapproche de plus en plus, que vont faire les autorités de sûreté française ? Laisser les forces de police se faire tirer dessus impunément, au risque de devoir bientôt comptabiliser blessés graves, handicapés ou morts dans les rangs de ces dernières ? Ou bien engager, dans les situations de répression d'émeutes, des tireurs d'élite équipés de balles en caoutchouc afin de neutraliser les porteurs d'armes à feu ?
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22 novembre 2007 4 22 /11 /novembre /2007 17:52
L’hôpital est une des structures de travail les plus anciennes qui existent : à l’époque où l’entreprise n’est pas encore un concept et où le travail s’organise sous forme de compagnonnage, se forment les fondements culturels de l’accueil des souffrants dont on peut encore aujourd’hui distinguer les traces dans les structures modernes de l’hôpital public. Héritières des sœurs dévouées aux indigents et aux nécessiteux, les infirmières et les aides-soignantes ont façonné l’organisation de leur activité sur la prise en charge des malades au fil de leur arrivée dans le service.
Cette gestion séquentielle – sans aucun doute indispensable dans de nombreux cas – a déteint sur les autres composantes du travail des soignants : de même qu’on accueille immédiatement un malade en situation d’urgence, on traite l’ensemble des aspects du travail qui, pourtant, pourrait faire l’objet d’une planification. A l’exception de l’urgence médicale, c’est trop fréquemment la règle de la file d’attente inversée qui prévaut dans un service hospitalier : chaque tâche qui se présente venant chasser celles qui étaient en attente de réalisation.
L’organisation séquentielle du travail a pour corollaire une parcellisation excessive des tâches (décrite dans un article disponible sur : http://www.robertholcman.net/documents/articles/orgatravailservicesoin.pdf). Il est souvent tenu pour acquis, et défendu par les personnels eux-mêmes, que le nombre de tâches accomplies par les membres d’un service de soins est déterminé par la nature particulière de leur activité, qui ne pourrait pas se comparer à ce que l’on observe dans d’autres secteurs : en d’autres termes, le rythme et l’organisation de l’activité professionnelle dans les services de soins serait surdéterminée par les interruptions et les actes imprévus consécutifs à l’urgence.
Pourtant, la question reste posée du sens de la causalité : est-ce l’atomisation des composantes de l’activité qui conduit à l’organisation du travail observée ou bien est-ce l’inorganisation du travail qui entraîne sa parcellisation ? En d’autres termes, le nombre de tâches accomplies par les agents correspond-t-il à des activités distinctes ou est-ce – sous l’effet d’un manque de hiérarchisation des missions à accomplir – l’interruption des tâches qui conduit à leur multiplication ?
La particularité du travail en milieu hospitalier vient de la difficulté à identifier les tâches sécables de celles qui ne le sont pas ; la prise en compte séquentielle des activités conduit fréquemment les agents à se saisir des tâches à accomplir au fil de leur arrivée, sans opérer entre elles une hiérarchisation qui permettrait leur découpage et, partant, leur traitement au long de la journée. A ce constat, les agents opposent systématiquement la nature particulière de leur travail, l’obligation de répondre aux demandes du patient, la nécessité d’ajuster le volume et le rythme de leur activité aux exigences de l’état de santé de ceux qu’ils se doivent de soigner.
L’une des explications de cet état de fait provient de la redondance dans l’accomplissement des tâches. Quand on interroge les membres de services de soins, on se rend compte que l’accomplissement de nombreuses tâches est revendiqué par des agents aux métiers pourtant différents. On peut comprendre que certaines activités soient redondantes dès lors qu’elles s’exercent à plusieurs niveaux de compétence ou dans des domaines d’activité différents. Il semble plus difficile, en revanche, de trouver une justification organisationnelle au fait que les tâches de secrétariat, de prise de rendez-vous ou d’accueil du patient soient partagées de la sorte.
Cette atomisation, préjudiciable à l’efficience des tâches accomplies, ne peut trouver son origine que dans une défaillance de l’organisation du travail. Le phénomène est encore plus préoccupant s’agissant des relations avec le patient : la pléthore de personnels déclarant communiquer des informations et répondre aux sollicitations des malades s’assimile à une dispersion de cette tâche pourtant essentielle, c’est là une source d’insécurité et d’angoisse pour les patients et leur famille qui se plaignent souvent du manque d’interlocuteur dans les services.
De même, l’écrit est souvent ressenti par les personnels comme une obligation médico-légale ou comme une nécessité répondant à un souci d’archivage, et pas comme un vecteur privilégié de transmission de l’information. La transmission orale n’est pas sans vertu parce qu’elle autorise une richesse et une expression inaccessibles à l’écrit, mais à condition qu’elle complète un socle de renseignements objectivés dont la diffusion est reproductible et sans déformations. Tout le problème vient, en effet, de la primauté accordée à la transmission orale qui, par-delà sa richesse, est extrêmement subjective, sensible à l’état, à l’humeur et à la disponibilité des agents.
La prépondérance accordée à l’oral contraint les agents des services hospitaliers à reformuler périodiquement les informations qu’ils communiquent et/ou à réitérer les demandes d’informations qu’ils formulent ; une bonne partie de leur temps d’activité professionnelle consiste ainsi à acquérir et, surtout, à vérifier les informations acquises ou transmises – l’information orale étant, en effet, sujette à déformations et à interprétations.
Ces modalités particulières de transmission font de la recherche et de la validation de l’information thérapeutique une quête épuisante. Interrogés, les personnels non médicaux des services de soins décrivent abondamment l’anxiété ressentie à l’égard des justes prescriptions données aux malades, ou des gestes techniques à accomplir. L’inorganisation de la transmission de l’information et sa validation permanente constituent un facteur de stress et d’épuisement pour les agents qui y sont astreints – les personnels soignants se trouvant en l’occurrence en asymétrie d’information vis-à-vis des médecins qui ont l’initiative de la démarche thérapeutique.
L’explication avancée par les personnels à leur sentiment de fatigue et parfois d’épuisement est le manque de personnel ; or, à l’observation, rien ne vient corroborer cette explication. Toute visite dans un service de soins permet au contraire d’infirmer les interprétations fondées sur la nature du travail. C’est plutôt l’incertitude qui absorbe l’énergie des personnels, en grande partie en raison de l’archaïsme des modes d’acquisition et de transmission de l’information qui ont cours dans les services, et que l’importance de la ritualisation investie dans les transmissions orales ne doit pas masquer.
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